Métro genevois: le Conseil d'État vise une votation en 2027
Après huit mois de travaux, le conseil consultatif chargé d'accompagner le projet de liaison Jura-Léman-Salève (JLS) a remis lundi ses premières recommandations et points de vigilance au Conseil d'État, qui vise une votation populaire d'ici à la fin de l’an prochain.
Le projet de métro genevois franchit une nouvelle étape. Institué en octobre 2025, le conseil consultatif réunissant des représentants de la société civile et des milieux économiques a remis lundi son premier rapport au Conseil d'État. Le document formule une série de recommandations destinées à orienter les prochaines phases d'études de la future liaison Jura-Léman-Salève (JLS), présentée comme le projet phare de la stratégie Rail 2025-2050.
Le conseil consultatif prend position sur plusieurs variantes encore à l'étude. Il recommande d'abandonner le passage par les Eaux-Vives, jugé plus coûteux et susceptible d'affecter la nappe phréatique, et appelle à une desserte de proximité de Cornavin, considéré comme le principal pôle d'échanges du canton. Le rapport préconise également de concevoir les futures gares comme de véritables lieux de vie, intégrés aux quartiers et connectés aux autres modes de transport. Le conseil a insisté aussi sur l'accessibilité des stations et des rames pour les personnes à mobilité réduite.
Une facture estimée à environ 5 milliards
L'une des principales inconnues reste le financement. Interrogé sur le sujet, le conseiller d'État Pierre Maudet évoque un coût «d'environ 5 milliards de francs», comprenant le tunnel, les stations et le matériel roulant.
«Ce coût n'est pas une surprise et reste dans ce qu'on a toujours évoqué», estime le magistrat. À ses yeux, il faut surtout le comparer «au coût de l'inaction». «On connaît aujourd'hui l'ampleur des bouchons, des difficultés à se déplacer. Cela a un coût énorme pour l'économie et en termes de santé. Si on ne fait rien, on est sûr que cela nous coûtera beaucoup plus cher.»
Le tracé actuellement envisagé relierait le Pays de Gex au secteur de Saint-Julien-Archamps. À l’intérieur du canton, la ligne desservirait notamment la ZIMEYSA, l'aéroport, les organisations internationales, Rive, Plainpalais, Carouge, le quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV) ainsi que la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO). À terme, près de la moitié des habitants du canton et 70% des emplois se situeraient à moins de 750 mètres d'une station. Les études tablent sur environ 160'000 voyageurs par jour, avec une capacité pouvant atteindre 400'000 passagers quotidiens.
«Les deux projets sont compatibles»
Le projet de métro intervient alors que les milieux économiques continuent de défendre un élargissement de l'autoroute de contournement. Pour Pierre Maudet, les deux infrastructures sont complémentaires.
«Les fonds destinés au rail et à la route sont distincts. Ce n'est pas l'un au détriment de l'autre», souligne le conseiller d'État. Selon lui, le canton doit poursuivre les deux projets de front: l'élargissement de l'autoroute pour répondre aux besoins du trafic routier et le métro pour accompagner la décarbonation des déplacements au sein de l'agglomération. «Ils sont compatibles. Ils doivent nous permettre de mieux circuler l'un et l'autre.»
Le Conseil d'État entend désormais affiner le tracé et le montage financier avant de présenter un cadre général à la population. L'objectif est d'organiser une votation à la fin de 2027, afin que les Genevois puissent se prononcer sur le principe du métro, son parcours, le nombre de stations ainsi que les grandes lignes de son financement.
«Pour une fois, on aimerait que le peuple puisse se prononcer assez en amont sur un grand projet, sans attendre que tout soit ficelé», explique Pierre Maudet. «Il pourra se déterminer sur le mode de transport, le tracé, le nombre de stations, le déroulement dans le temps, mais aussi, grosso modo, sur son financement.»
Si le calendrier est respecté, les travaux pourraient débuter aux alentours de 2035, pour une mise en service à l'horizon 2045. «Un projet de cette ampleur, c'est dix ans d'études et dix ans de travaux», rappelle le magistrat. Le Conseil d'État prendra connaissance du rapport du conseil consultatif durant l'été avant de l'intégrer à ses réflexions.