12,5 % de droits de douane américains : un nouveau défi pour la Suisse
Les nouveaux droits de douane américains imposent à la Suisse un plafond de 12,5 % sur certains produits, un niveau supérieur à celui appliqué à plusieurs partenaires européens. De quoi peser sur la compétitivité des entreprises suisses.
La Suisse doit composer avec une nouvelle hausse des barrières commerciales américaines. Depuis le 24 juillet, les États-Unis appliquent un nouveau régime de droits de douane visant une soixantaine de pays. Après les 10 % instaurés en février dernier, qui arrivaient à échéance, Washington a fixé de nouveaux plafonds pouvant aller jusqu'à 12,5 %.
La Suisse fait partie des pays placés dans la catégorie la plus élevée, aux côtés de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud ou de l’Australie. Pour les produits concernés, les droits américains peuvent désormais atteindre 12,5 % à l'entrée sur le marché américain. À titre de comparaison, l'Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada ou encore le Mexique restent soumis à un plafond de 10 %.
Une différence de traitement qui préoccupe les milieux économiques helvétiques. Dans un marché aussi important que celui des États-Unis, un tel écart peut suffire à modifier les rapports de concurrence.
Lutte contre le travail forcé
Le nouveau dispositif, prévu pour 150 jours, intervient après une enquête menée par le représentant américain au commerce (USTR) sur les chaînes d'approvisionnement internationales.
Le sujet au cœur de cette enquête : la lutte contre les produits issus du travail forcé. Washington affirme vouloir empêcher que des marchandises fabriquées dans des conditions contraires aux droits humains puissent entrer sur son territoire. L'administration américaine considère que certains pays disposent de dispositifs suffisamment solides pour contrôler leurs importations, tandis que d'autres doivent encore renforcer leurs mécanismes. C’est cette appréciation qui a conduit les États-Unis à établir plusieurs catégories de taxes selon les pays.
Berne rejette les reproches américains
Le Conseil fédéral a rejeté fermement les accusations américaines, rappelant que le pays dispose déjà d'instruments pour lutter contre le travail forcé.
Les autorités suisses tentent de maintenir le dialogue avec l'administration américaine afin de préserver les conditions d'accès au marché américain.
Attention : 12,5 % ne signifie pas une taxe supplémentaire de 12,5 %
Derrière ce chiffre de 12,5% se cache une subtilité importante. Les exportateurs suisses ne verront pas automatiquement leurs marchandises frappées d'une taxe supplémentaire de 12,5 %.
Le système américain fonctionne comme un plafond. Les autorités prennent en compte les droits de douane déjà existants, appelés droits « MFN » (« Most Favoured Nation »), et ajoutent uniquement le montant nécessaire pour atteindre le nouveau taux fixé.
Prenons un exemple : un produit déjà taxé à 8 % ne recevra pas 12,5 % supplémentaires. Les États-Unis ajouteront 4,5 points afin d'arriver au plafond de 12,5 %.
À l'inverse, si un produit était déjà soumis à un droit de douane de 19 %, aucune nouvelle surtaxe ne sera appliquée, puisque le niveau existant dépasse déjà le plafond américain. L'impact sera donc très différent selon les secteurs. Certains produits pourraient être fortement touchés, tandis que d'autres pourraient ne subir aucun changement. C'est notamment le cas du Sbrinz, un fromage suisse à pâte dure, qui pourrait ainsi être moins taxé qu'auparavant.
La concurrence avec l'Europe
Avec un plafond de 12,5 % contre 10 % pour l'Union européenne, les entreprises suisses risquent de perdre du terrain face à des concurrents européens bénéficiant de conditions légèrement plus favorables.
Dans des secteurs fortement tournés vers l'exportation, comme les machines, les technologies médicales, l'horlogerie ou certains biens industriels, cette différence pourrait peser sur les prix et les décisions des acheteurs américains. Ce qu’ont dénoncé plusieurs organisations économiques suisses. Economiesuisse, Swissmem ou encore Swiss Medtech appellent à poursuivre les discussions avec Washington.
La pharma, prochain point de tension
La nouvelle vague de droits de douane pourrait ne pas être le dernier sujet de friction entre la Suisse et les États-Unis. De nouvelles mesures ciblées entrerot en vigueur dès le mois d’aout pour certains médicaments et ingrédients pharmaceutiques.
Ce dossier est particulièrement sensible pour la Suisse. La branche pharmaceutique représente une part majeure des exportations helvétiques vers les États-Unis et plusieurs grands groupes suisses y occupent une place importante.
La logique est différente de celle des 12,5 %. Cette fois, Washington invoque notamment des arguments liés à la sécurité nationale et souhaite renforcer la production pharmaceutique sur son territoire.
Une pression commerciale qui pourrait encore augmenter
Washington mène également d'autres enquêtes commerciales, notamment sur la question de la surcapacité industrielle. La Suisse et l'Union européenne sont concernées par ces investigations, qui pourraient déboucher sur de nouvelles mesures.