Genève veut investir en France pour réduire ses bouchons

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Les Genevois se prononceront le 27 septembre sur un crédit de 39,5 millions de francs destiné à soutenir des projets transfrontaliers. Le canton espère retirer chaque jour 15’000 véhicules des routes genevoises.

Pour réduire les bouchons à Genève, le Conseil d’État veut agir de l’autre côté de la frontière. Le 27 septembre, les Genevois devront ainsi se prononcer sur un crédit d’investissement de 39,5 millions de francs. L’essentiel de cette somme servira à financer douze infrastructures de mobilité réalisées en France voisine.

Le projet prévoit notamment le prolongement du tram vers Ferney-Voltaire, le développement de plusieurs lignes de bus à haut niveau de service (BHNS), la création de P+R et différents aménagements favorisant les transports publics, le vélo et la marche. Ils doivent voir le jour dans les secteurs de Ferney-Voltaire, Saint-Genis-Pouilly, Thonon, Annemasse et Saint-Julien-en-Genevois.

L’objectif est d’inciter davantage d’automobilistes à laisser leur véhicule avant d’entrer dans le canton. Selon les estimations des autorités, ces infrastructures pourraient réduire le trafic aux frontières avec la France d’au moins 15’000 véhicules par jour, soit environ 5% des flux actuels.

Plus de 640’000 passages par jour

Le Conseil d’État justifie cet investissement par la croissance du Grand Genève. La région compte désormais un million d’habitants, soit 36% de plus qu’il y a vingt ans. Le nombre d’emplois dans le canton a, lui, progressé de 50% sur la même période pour atteindre 427’656 à la fin de 2023.

Genève ne compte pourtant qu’environ 240’000 actifs résidants. Ce décalage entre le nombre d’emplois et la population active locale entraîne d’importants déplacements entre le canton et les territoires voisins.

En 2024, plus de 640’000 traversées des frontières cantonales étaient enregistrées chaque jour. Parmi les 418’000 véhicules comptabilisés dans les deux sens, 313’000 franchissaient les frontières avec la France. Selon l’Office cantonal des transports, seuls 20% des déplacements aux frontières étaient effectués en transports collectifs.

Selon les calculs de l’État, la non-réalisation des cinq P+R refusés en 2014 engendre aujourd’hui environ 2,5 millions de francs de coûts par année. 

Cette pression quotidienne sur les axes genevois a des conséquences bien visibles : bruit, pollution, stress, accidents, temps perdu et dégradation de la qualité de vie. Mais la congestion a aussi un coût économique considérable. En 2024, Genève enregistrait en moyenne 5 h 30 de congestion par jour. Or, chaque heure passée dans les bouchons représente du temps improductif, des déplacements professionnels ralentis, des livraisons retardées et des coûts supplémentaires pour les entreprises. En 2022, la facture économique des embouteillages était ainsi estimée à 191 millions de francs à Genève : 165 millions imputables aux voitures, 22 millions aux véhicules utilitaires légers et 4 millions aux poids lourds.

Ces estimations intègrent notamment le temps perdu sur les routes ainsi que certaines externalités du trafic, comme le bruit, les accidents et la pollution atmosphérique. Au-delà de l’inconfort quotidien, la saturation du réseau constitue donc aussi un enjeu de productivité et de compétitivité pour le canton.

Le précédent de 2014

Pour défendre son projet, le Conseil d’État invoque également le précédent de 2014. Cette année-là, les Genevois avaient refusé, par 51,1% des voix, un crédit d’environ 3 millions de francs destiné à financer cinq P+R en France voisine. Les 830 places prévues n’ont jamais été réalisées.

Selon les calculs de l'État, cette décision engendre aujourd’hui environ 2,5 millions de francs de coûts par année. Deux millions correspondent au temps supplémentaire passé dans les embouteillages et 500’000 francs aux nuisances liées aux véhicules.

Cette fois-ci, le nouveau programme prévoit cette fois la création de 2’140 places de P+R. À elles seules, et selon les estimations des autorités, celles-ci permettraient d’éviter au moins 7 millions de francs de coûts par année. Environ 6 millions proviendraient du temps gagné sur les routes et 1,3 million de la diminution des nuisances.

Une participation suisse plafonnée

Le coût total des douze infrastructures de mobilité atteint 182,7 millions de francs. Le canton de Genève y consacrerait au maximum 34,5 millions. Une enveloppe supplémentaire de 5 millions serait réservée à d’autres projets transfrontaliers dans les domaines de la mobilité, de l’environnement et de la santé.

La Confédération pourrait également financer jusqu’à 40% de certains projets. Les participations genevoise et fédérale ne pourront toutefois pas dépasser, ensemble, 50% du coût de chaque infrastructure. Le reste sera assumé par les maîtres d’ouvrage français, qui prendront aussi en charge les éventuels dépassements de budget.

Les modalités de cette collaboration ont été fixées dans un accord signé le 27 novembre 2025 entre le Conseil d’État et plusieurs autorités publiques françaises. Sa concrétisation dépend désormais du verdict des urnes.

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