Comment Genève est devenu suisse
Le 1er juin 1814, deux bataillons suisses font leur entrée à Genève. Cet événement historique intervient quelques mois après la restauration de la République et marque une étape décisive du rapprochement entre la Cité et la Confédération. Retour sur une journée fondatrice.
Pour une partie des Genevois, l’entrée officielle du canton dans la Confédération, le 19 mai 1815, n’est qu’une formalité. Cette date apparaît en effet comme l’aboutissement d’un processus engagé près d’un an plus tôt, avec l’arrivée des troupes soleuroises et fribourgeoises dans la cité en juin 1814. Retour sur les étapes qui ont conduit Genève à rejoindre la Suisse.
De l’annexion française à la restauration de la République
Un premier tournant majeur intervient en avril 1798, lorsque Genève est annexée par la France. Après plusieurs siècles d’indépendance, la cité passe quinze années sous domination française. Cette période prend fin en 1813, à la suite des défaites de Napoléon. Le 31 décembre 1813, les troupes françaises quittent Genève tandis que les Autrichiens entrent dans la ville. La République est alors restaurée et un gouvernement provisoire est mis en place afin d’assurer la transition vers une nouvelle organisation politique.
Pour de nombreux Genevois, l’indépendance apparaît alors difficilement envisageable dans une Europe en pleine recomposition. Garantir la sécurité du territoire passe désormais par une alliance. Fruit d’une longue histoire commune pour certains historiens, conséquence des équilibres diplomatiques européens pour d’autres, la solution helvétique s’impose progressivement.
En avril 1814, une pétition signée par plusieurs milliers de Genevois est adressée à la Diète fédérale, l’assemblée des cantons confédérés, afin de demander l’adhésion de Genève à la Confédération. La proposition suscite toutefois des réserves. Les cantons catholiques s’interrogent notamment sur la question religieuse, tandis que les cantons conservateurs se méfient de la réputation de Genève et de sa situation géographique, enclavée entre plusieurs puissances étrangères. La cité peut néanmoins compter sur le soutien de cantons influents comme Vaud, Fribourg ou Zurich.
1er juin 1814 : les prémices de l’union
Pour les cantons suisses, l’adhésion de Genève ne peut se faire qu’à deux conditions : un redécoupage territorial permettant d’assurer une continuité avec le reste de la Confédération, ainsi que l’adoption d’une nouvelle Constitution conforme au Pacte fédéral.
Une première étape décisive est franchie le 1er juin 1814. La Diète accepte l’envoi de troupes soleuroises et fribourgeoises en soutien aux forces genevoises. Deux bataillons confédérés viennent ainsi renforcer la défense de la cité.
Pour certains Genevois, cette date marque la véritable entrée de Genève dans la Confédération. L’événement est souvent associé à des scènes de liesse populaire lors de l’arrivée des soldats. Plusieurs historiens rappellent toutefois que ces manifestations ont été largement organisées par les autorités. Quoi qu’il en soit, cette journée constitue un tournant symbolique majeur dans le rapprochement entre Genève et la Suisse.
Le 22e canton suisse
L’adhésion officielle intervient quelques mois plus tard. En septembre 1814, treize des dix-neuf cantons acceptent l’entrée de Genève dans la Confédération. L’acte d’adhésion est finalement signé le 19 mai 1815, faisant de Genève le 22e canton suisse.
Ce succès est notamment le fruit des négociations diplomatiques menées par Charles Pictet de Rochemont lors des congrès de Paris et de Vienne, qui ont permis de régler la question territoriale. La rédaction, en quelques jours, d’une nouvelle Constitution conforme aux exigences fédérales a également contribué à cette adhésion.
Le texte est ensuite soumis aux électeurs. Le suffrage étant censitaire, seuls les citoyens acquittant un certain niveau d’impôt peuvent participer au vote. Dans un contexte d’urgence politique, les électeurs concernés approuvent la nouvelle Constitution.
Deux siècles plus tard, cette union apparaît comme bénéfique pour les deux parties. Genève y gagne une sécurité durable et un ancrage politique stable, tandis que la Suisse profite du rayonnement international de la cité.