Genève a changé de visage économique en moins de trente ans
Le canton a créé plus de 138'500 emplois depuis 1995, soit une hausse de 62,5% en moins de trois décennies. Derrière cette croissance spectaculaire, le canton de Genève s'est profondément transformé: les communes périphériques gagnent du poids et le tertiaire s'impose davantage.
Entre 1995 et 2023, l'économie genevoise a connu une mutation d'une ampleur rarement observée dans son histoire récente. Selon une analyse de l'Office cantonal de la statistique (OCSTAT), le canton a gagné plus de 138'500 emplois en vingt-huit ans, portant le total à près de 360'000 postes. Une progression de 62,5% qui reflète autant la croissance démographique que l'évolution du tissu économique local.
Plan-les-Ouates et Satigny, symboles de la nouvelle géographie de l'emploi
La Ville de Genève demeure de loin le principal pôle économique genevois. En 2023, elle concentrait encore 175'800 emplois, soit près de la moitié de tous les postes du canton.
Son poids relatif recule toutefois progressivement. Alors qu'elle regroupait 56% des emplois genevois en 1995, sa part est tombée à 49% en 2023. Cette évolution ne traduit pas un affaiblissement de la ville, mais plutôt l'essor rapide de plusieurs communes périphériques qui accueillent désormais une part croissante de l'activité économique.
La plus forte progression est observée à Plan-les-Ouates. Portée par le développement de l'industrie horlogère, la commune a multiplié par quatre son nombre d'emplois depuis 1995, gagnant près de 13'850 postes supplémentaires.
D'autres pôles d'activité se sont affirmés au fil des années, notamment à Meyrin, Vernier, Carouge et Satigny. Cette dernière affiche aujourd'hui un indicateur particulièrement révélateur: avec 2,2 emplois pour un habitant, elle possédait en 2023 le ratio emplois-population le plus élevé du canton.
Le tertiaire renforce encore sa domination
L'économie genevoise est plus que jamais une économie de services. En 2023, le secteur tertiaire représentait 309'250 emplois, soit 86% de l'ensemble des postes du canton. En 1995, cette proportion atteignait déjà 81%.
La croissance a notamment bénéficié à la santé, à la recherche, à l'informatique, aux sièges internationaux et aux services aux entreprises.
Le secteur secondaire a reculé en importance relative, mais certaines activités industrielles ont continué d'afficher une remarquable vitalité. L'horlogerie a vu ses effectifs bondir de 171% depuis 1995, tandis que l'industrie chimique a progressé de près de 30% sur la même période.
Une économie moins dépendante de la finance
Longtemps considérée comme la principale locomotive de Genève, la finance occupe aujourd'hui une place plus modeste dans la richesse produite par le canton.
Sa contribution à la valeur ajoutée est passée de 16,7% en 1997 à 12% en 2023. Dans le même temps, le commerce de gros, notamment le négoce de matières premières, est devenu l'un des secteurs générant le plus de valeur ajoutée.
En nombre d'emplois, les activités extraterritoriales arrivent désormais en tête avec 30'983 postes (EPT), devant la santé (26'638), la finance (25'726), la construction (20'738) et l'enseignement (20'414). L'horlogerie figure également dans le top 10 des branches économiques du canton avec 11'892 emplois.
L'autre grande transformation de l'économie genevoise concerne son bassin de main-d'œuvre. Entre 1995 et 2023, le recours aux travailleurs frontaliers a fortement progressé. Leur nombre a augmenté de 5,3% par an en moyenne, soit un rythme près de six fois supérieur à celui de la population active résidante, qui n'a progressé que de 0,9% par an.