Au centre se dressent quatre statues monumentales de cinq mètres de haut: Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox.

Le Mur des Réformateurs, un symbole genevois centenaire

Le Monument international de la Réformation a vu le jour en 1917. Au-delà de sa connotation religieuse, ce symbole genevois souligne surtout la postérité et l’influence des personnalités représentées. Retour sur l’histoire d’une œuvre séculaire.

Le Monument international de la Réformation orne le parc des Bastions depuis plus de 109 ans. Connu par les Genevois sous le nom de Mur des Réformateurs, l’œuvre est le fruit de décennies de réflexions. Son objectif est celui de célébrer le souvenir de la réforme, période historique majeure pour Genève. C’est finalement un professeur, Charles Borgeaud, qui est à l’origine de ce projet, imaginé pour célébrer deux dates : le 400e anniversaire de la naissance de Jean Calvin et les 350 ans de l’académie genevoise, fondée par le célèbre théologien genevois. Après un concours pour déterminer les architectes et les sculpteurs, la pose de la première pierre intervient finalement en 1909 et le projet est remis aux autorités genevoises huit ans plus tard.

Mais au-delà de son caractère religieux et figuratif, il symbolise l’influence des personnalités représentées. Leur impact politique, social, académique ou juridique justifie cet hommage, en plus de rappeler que le mouvement international de la réforme est parti de Genève. Aujourd’hui, il s’agit de l’une des œuvres les plus prisées par les appareils photo des promeneurs genevois et des touristes curieux.

Un monument historique

Il aura fallu départager plus de septante projets venus du monde entier avant de voir s'élever le Mur des Réformateurs. Le monument est finalement l'œuvre de quatre architectes suisses et de deux sculpteurs français. Parmi eux, Paul Landowski, qui réalisera également le célèbre Christ Rédempteur dominant Rio de Janeiro. Son emplacement ne doit rien au hasard. Érigé au cœur du parc des Bastions, le monument s'adosse aux anciennes fortifications de la ville, là même où se trouvait autrefois l'enceinte de Genève. Sur près de 100 mètres de long, il met en scène dix figures ayant marqué la Réforme protestante et son rayonnement en Europe.

Au centre se dressent quatre statues monumentales de cinq mètres de haut: Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox. Les trois premiers ont profondément marqué l'histoire genevoise. Le dernier homme de ce quatuor, John Knox, fut principalement actif en Écosse, mais son passage remarqué entre 1554 et 1559 dans la Cité a poussé les concepteurs à l’inclure dans l’œuvre. Tous portent la robe de Genève et tiennent entre leurs mains la «petite Bible du peuple».

De part et d'autre de ce quatuor figurent six autres personnalités qui ont contribué à diffuser les idées de la Réforme ou à transformer l'organisation politique de leur époque. Deux blocs de pierre rendent également hommage à ses précurseurs.

L'histoire s'inscrit jusque dans la pierre. Plusieurs dates jalonnent le monument, de l'adoption de la Réforme à Genève en 1536 à l'Escalade de 1602, symbole de l'indépendance de la cité. Au-dessus des quatre figures centrales apparaît la devise genevoise «Post Tenebras Lux»: après les ténèbres, la lumière.

Portée internationale

La résonance du Mur dépasse largement les frontières genevoises. La réalisation du monument dépendait même de soutiens internationaux. De nombreux protestants issus de différents pays ont ainsi soutenu le projet, en plus de l’appui d’autres cantons suisses.

Au-delà de sa portée religieuse, il s’agissait ici de l’édification d’un monument historique et populaire avec une portée symbolique pour de nombreuses régions. Comme le précisait le Journal de Genève en novembre 1907, il ne s’agissait pas d’une œuvre à l’effigie de Calvin uniquement, mais davantage de symboliser une idée, et un héritage politique, social et académique d’une période qui a marqué de son empreinte de nombreuses régions, dont Genève. Le canton, surnommé par certains «la Cité de Calvin» ou encore «la Rome protestante», continue d’avoir une place de choix dans le monde, grâce notamment à son importance diplomatique et sa vigueur économique.