À Genève, Comob veut faire de la mobilité partagée un réflexe de quartier

La coopérative genevoise Comob lance une nouvelle offre de mobilité partagée, combinant auto-partage et vélo-partage à l’échelle des quartiers.

À quoi bon être propriétaire d'une voiture qui passe 95 % de son temps à l’arrêt ? C’est à partir de ce constat que la coopérative genevoise Comob a décidé de développer une nouvelle offre de mobilité partagée dans le canton. Après plusieurs projets pilotes menés dans des coopératives d'habitation, l'organisation lance officiellement mercredi ses services d'auto-partage et de vélo-partage et ambitionne de changer durablement les habitudes de déplacement des Genevois.

Lancée par des acteurs de l’économie sociale et solidaire genevoise, Comob fédère plusieurs initiatives déjà existantes dans le domaine de la mobilité partagée. «Il y avait des offres dispersées comme Codhality ou En voiture Simone. L’idée est de les réunir au sein d’une même structure afin de proposer une solution qui réponde à différents besoins», explique Alexis Carrara, coordinateur de Comob.

Il y a une dimension sociale et comportementale. Nous voulons accompagner les gens vers d'autres façons de se déplacer

Selon les estimations de TCS, une voiture individuelle coûte plus de 11'300 francs par an pour un usage moyen de 15'000 km parcourus. Un montant souvent sous-estimé par ses propriétaires, qui ne prennent pas toujours en compte l’ensemble des frais liés à la possession d’un véhicule: assurance, entretien, stationnement, amortissement ou encore carburant. Pourtant, la possession d'un véhicule demeure profondément ancrée dans les habitudes. «On ne met pas juste des véhicules à disposition», souligne Alexis Carrara. «Il y a une dimension sociale et comportementale. Nous voulons accompagner les gens vers d'autres façons de se déplacer».

Du partage de véhicules à un changement de comportement

Le modèle repose sur des cercles de proximité. Des habitants d'un immeuble ou d'un quartier mutualisent une flotte de véhicules accessibles via une application mobile. Les utilisateurs peuvent réserver une voiture ou un vélo-cargo selon leurs besoins, grâce à différentes formules d'abonnement adaptées à leur fréquence d'utilisation. Comob estime qu’un véhicule doit générer environ 13'000 kilomètres vendus par an pour être viable, soit environ sept ménages par véhicule. À terme, la coopérative de mobilité partagée souhaite également développer un système pair-à-pair permettant à des particuliers de mettre leur propre véhicule à disposition, contre rémunération, lorsqu'ils ne l'utilisent pas.

Une idée née dans les coopératives d'habitation

Le projet a trouvé ses racines dans les coopératives d'habitation genevoises, qui réfléchissent depuis plusieurs années à la manière de réduire la place de la voiture individuelle dans les nouveaux quartiers. Parmi les pionniers figure la Codha, qui a développé dès les années 2000 son propre système d'auto-partage. «À l'époque, nous avions approché Mobility, mais leur modèle ne correspondait pas à nos besoins», raconte Éric Rossiaud, fondateur de la Codha et présent à la conférence de presse aujourd'hui. «Nous avons donc travaillé directement avec les futurs habitants pour comprendre leurs usages et construire une offre adaptée.»

Mais la réflexion s'inscrit dans une vision plus large des écoquartiers. Pour Éric Rossiaud, l'enjeu consiste à passer de la propriété à l'usage. «Ce qui compte n'est pas de posséder une voiture mais de pouvoir en disposer quand on en a besoin», résume-t-il. Il insiste aussi sur la transformation plus globale de la conception urbaine, avec moins de places de stationnement par ménage. «L’idée, c’est vraiment de faire de la mobilité partagée une composante de l’infrastructure des quartiers ».

L'exemple de La Bistoquette

Le premier projet pilote de Comob a été lancé en 2025 à La Bistoquette, une coopérative d'habitation située dans le quartier de La Chapelle-Les Sciers (Plan-les-Ouates), qui compte une centaine de logements. Treize places de stationnement ont été aménagées pour les véhicules mutualisés. Un choix loin d'être anodin quand on sait qu'une place de parking peut représenter un investissement d'environ 50'000 francs lors de la construction d'un immeuble, soit, à plus grande échelle, plusieurs centaines de milliers de francs économisés, permettant de financer des services supplémentaires.

Aujourd'hui, la flotte comprend huit véhicules partagés: plusieurs voitures familiales, une citadine et des vélos-cargos utilisés par les habitants du quartier. Julie Perrenoud, résidente de La Bistoquette et présidente de l'association Roues Libres, fait partie des utilisatrices régulières. Pour elle, l'intérêt dépasse la question financière. «Il y a beaucoup moins de charge mentale», explique-t-elle. «Je n'ai plus à me soucier de l'entretien, des réparations ou des démarches administratives. La voiture est là quand j'en ai besoin, mais je n'ai plus à gérer tout ce qui va avec.»

Compléter l'offre Locali

Comob s'inscrit également dans le développement de Locali, une initiative portée par APRÈS-GE qui vise à rassembler dans les quartiers différents services de proximité : alimentation locale, objets mutualisés, troc de vêtements et désormais mobilité.

«Nous voulons construire une autre manière de consommer à l'échelle du quartier», explique Antonin Calderon, responsable du pôle développement au sein d'APRÈS-GE. «L'idée est de faire se rencontrer l'offre et la demande de l'économie de transition dans des lieux physiques mais aussi grâce à des outils numériques.»

Le futur quartier des Vernets constitue l'un des principaux terrains d'expérimentation de cette approche. À terme, près de 4'500 habitants y vivront. Un Hub Locali y regroupera plusieurs services de proximité, dont l'offre de mobilité développée par Comob. Pour Antonin Calderon, la question de la mobilité partagée doit désormais être intégrée dès la conception des nouveaux quartiers. «C'est probablement le début d'une nouvelle façon de construire. La mobilité ne devrait plus être pensée uniquement à l'échelle individuelle, mais à celle de l'immeuble et du quartier.»

À noter enfin que l’initiative Comob est soutenue par la Fondation Modus, engagée en faveur d’une mobilité plus durable.

Aujourd'hui, une vingtaine de voitures circulent déjà sous la bannière Comob dans le canton. Avec le développement de nouveaux projets dans plusieurs quartiers genevois, la coopérative espère poursuivre rapidement sa croissance. Elle vise plus de cent véhicules à l'horizon 2027.