En Suisse, le peuple a bien souvent le dernier mot

La Suisse est considérée comme la démocratie directe la plus développée au monde. La fréquence des scrutins populaires y est sans équivalent à l’échelle internationale. Cette particularité repose notamment sur les outils dont disposent les citoyens pour approuver ou contester les décisions des autorités. Tour d’horizon avant les votations.

Trois à quatre fois par année. C’est en moyenne le nombre de fois que les Suisses 
glissent un bulletin de vote dans les urnes. En comparaison internationale, la Confédération bat tous les records : les citoyens ont été invités à se prononcer sur plus de 680 objets depuis 1848. Parmi ces scrutins, plus de deux tiers concernaient des référendums, alors que le tiers restant concernait des initiatives populaires.

Les autorités sous le contrôle populaire

Ce qui fait la spécificité du système suisse est en grande partie l’étendue de sa démocratie directe. De nombreux pays connaissent des institutions participatives développées, à l’instar des États-Unis, mais aucun ne fait participer ses citoyens autant que la Suisse à l’échelle nationale.

Que ce soit au travers de l’initiative populaire, qui permet d’amender ou inscrire un principe dans la Constitution, ou au travers du référendum, qui permet au peuple de se prononcer sur des décisions parlementaires de portée générale, les citoyens suisses ont un droit de codécision. Ils ont même un droit de veto : ils peuvent réprouver ou approuver des décisions prises par les élus.

Droit de veto, mais grand soutien aux autorités

Dans les faits, une grande majorité des initiatives populaires sont refusées par le peuple. Près de 90% d’entre elles ont été rejetées depuis l’introduction de cet outil participatif en 1891. A contrario, les référendums, faits pour remettre en question des décisions gouvernementales, sont en grande majorité acceptés. Ce constat démontre un fort soutien populaire envers les autorités. Entre 1947 et 2019, ces dernières se trouvaient du côté des gagnants dans 70% des votations liées à un référendum facultatif, et dans plus de 80% des scrutins liés à un référendum obligatoire, ce qui souligne une tendance des citoyens suisses à suivre les recommandations gouvernementales.

L’importance de la participation : une voix fait la différence

Autre spécificité suisse, la fréquence des appels aux urnes entraîne une forte sollicitation des citoyens. Amenés à se prononcer sur plusieurs objets entre trois et quatre fois par année en moyenne, les Suisses sont confrontés à une vitalité démocratique, qui comporte cependant de nombreux défis. L’un des principaux enjeux réside dans la difficulté à se forger une opinion sur des objets parfois complexes, qui nécessitent souvent un important travail d’information. Ces deux facteurs contribuent à limiter la participation moyenne à chaque scrutin. Les Suisses ont en effet tendance à choisir les sujets qui les intéressent.

A Genève, une étude de l’Université de Genève démontre que sur le long terme, 80% des citoyens sont des votants occasionnels, c’est-à-dire qu’ils votent sporadiquement, selon les enjeux et les objets. Néanmoins, 10% des citoyens sont des abstentionnistes chroniques, et seuls 10% votent toujours. Cependant, de nombreux scrutins se sont joués à quelques milliers, voire quelques centaines de voix, ce qui souligne l’importance de chaque bulletin.

Ce constat nous enseigne qu’une poignée de voix supplémentaires peut faire pencher la balance. Plusieurs exemples historiques démontrent que les scores serrés ne sont pas si peu communs. Des enjeux cantonaux sur les contributions publiques en 2000 et 2006 se sont joués à quelques centaines de voix, tout comme le vote sur la modification de la loi sur l’assurance-maladie en 2016. D’autres exemples récents dans les domaines de l’imposition ou du logement existent également, même au niveau national.

La démocratie directe est ainsi un pilier fondamental de la stabilité helvétique, que 93% des Suisses considèrent comme ciment de la cohésion sociale. Mais sa pérennité repose notamment sur l’engagement des citoyens. Quelques centaines de bulletins supplémentaires peuvent parfois suffire à faire basculer le résultat d’une votation.