Et si on fêtait l’Escalade le 21 juillet?
Célébrée chaque année avec ferveur, l’Escalade a ouvert la voie à un épisode moins connu de l’histoire genevoise: la signature en 1603 du traité de Saint-Julien, qui marque une étape majeure vers la paix régionale.
Pour la majorité des Genevois, l’Escalade reste une célébration incontournable à la mi-décembre. Mais combien d’entre eux se souviennent du 21 juillet 1603? Car la victoire genevoise sur les troupes du duc de Savoie a ouvert la voie, quelques mois plus tard, à des négociations de paix entre les deux parties.
Les premières discussions débutent en mars 1603. Le chemin vers un accord est long et semé d’embûches. Mais l’intervention de médiateurs de poids, au premier rang desquels le roi de France Henri IV et les cantons suisses, permet finalement aux deux camps de parvenir à un compromis décisif.
Chronologie d’une histoire méconnue
Tout commence dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Le duc de Savoie lance une opération destinée à s’emparer de Genève. Au terme d’une bataille nocturne, les Genevois parviennent à défendre leur ville et repoussent les soldats savoyards.
Quelques mois plus tard, en mars 1603, les deux parties décident de s’asseoir à la table des négociations, dans la région de Saint-Julien. Chacune présente ses exigences, mais certaines revendications paraissent inacceptables à la partie adverse. Les discussions s’enlisent et Genève finit par rompre les pourparlers le 13 mai. Mais la situation n’est pas tenable. Pour des raisons de stabilité politique et compte tenu de la situation géographique de la région, le Roi de France Henri IV et la Diète fédérale, l’assemblée des représentants des cantons suisses, interviennent dans les pourparlers. Leur médiation permet de dégager un compromis. L’accord est finalement signé le 11 juillet 1603 selon le calendrier julien alors en vigueur à Genève, soit le 21 juillet dans le calendrier grégorien. Une date qui, contrairement à celle de l’Escalade, n’a guère traversé la mémoire collective.
Les conséquences du traité
Genève tire de nombreux bénéfices de la signature du traité. L’économie locale figure parmi les premières gagnantes: la cité retrouve notamment sa liberté de commerce avec les États de Savoie, à l’exception du sel. Les péages frappant les Genevois sur les territoires savoyards sont également supprimés.
Cet accord offre aussi des garanties sécuritaires. Les troupes et les constructions savoyardes ne sont plus autorisées dans un rayon élargi autour de la Cité de Calvin. La liberté religieuse genevoise est en outre assurée.
Ces éléments constitutifs du traité permettent à Genève d’affirmer son indépendance en stabilisant ses relations avec son puissant voisin savoyard. Consciente de sa vulnérabilité géopolitique, la République demande toutefois à rejoindre la Confédération helvétique, mais sa demande restera sans suite auprès de la Diète.
Soucieux de préserver l'équilibre politique issu du traité, les cantons suisses ne souhaitent pas remettre en cause la paix nouvellement établie en intégrant Genève à la Confédération. Il faudra attendre encore 212 ans : ce n’est en effet qu’en 1815 que Genève deviendra officiellement le 22ᵉ canton suisse.
L’Escalade, elle, continuera de célébrer la victoire militaire de 1602. Mais le 21 juillet 1603 mérite peut-être, lui aussi, une place dans la mémoire genevoise: celle du jour où la victoire des armes s’est transformée en paix durable.