Pour le G7, Genève déploie un dispositif hors norme
En marge du sommet du G7 d’Évian, Genève se prépare à accueillir les délégations internationales. Les autorités ont présenté jeudi un vaste dispositif de sécurité mobilisant 7'400 personnes, dont 4'000 militaires.
À quelques jours du sommet du G7 qui se tiendra du 15 au 17 juin à Évian, les autorités genevoises ont présenté jeudi à l’aéroport de Genève l'imposant dispositif de sécurité qui accompagnera l'événement. Au total, 7'400 personnes seront mobilisées (police locale et des autres cantons) dont 4'000 militaires, pour assurer la protection de la population, des infrastructures stratégiques et des délégations internationales.
Bien que le sommet se déroule en France voisine, Genève se retrouve en première ligne. «Le canton de Genève est impliqué malgré lui dans cet événement», a rappelé la présidente du Conseil d’État, Anne Hiltpold, lors du point presse. L'aéroport de Genève jouera en effet un rôle central puisqu'il servira de principale porte d'entrée aux chefs d'État et aux délégations attendus à Évian.
Une armée en soutien, mais pas en remplacement de la police
Le divisionnaire Raynald Droz, commandant de la division territoriale 1, a tenu à clarifier le rôle des militaires. «L'armée ne remplacera pas la police. Elle n'assurera pas le maintien de l'ordre. Mais intervient en tant que soutien pour des tâches de surveillance et de protection. Cela permet aux policiers, qui sont des professionnels du maintien de l'ordre, d'être engagés sur d'autres missions», a-t-il expliqué. Concrètement, un militaire peut remplacer un policier devant une infrastructure, pour autant qu'il s'agisse d'une mission de sécurité et non d'une mission spécifique de police.
Selon la Commandante de la police cantonale genevoise Monica Bonfanti, l'aide de l'armée est indispensable. «Sans l'appui de l'armée, on ne pourrait pas tenir un sommet de cette envergure ici à Genève et en Suisse», a-t-elle affirmé.
Trois priorités pour la police
La police genevoise devra relever un triple défi durant le sommet. La première mission consistera à accueillir les délégations sur le tarmac de l'aéroport puis à les escorter jusqu'à Évian. La deuxième concernera l'encadrement des manifestations et de la contestation démocratique attendues en marge du G7. Enfin, les forces de l'ordre devront maintenir les prestations habituelles pour la population genevoise. «Nous devons fournir à la population les mêmes prestations d'urgence qu'en temps normal», a souligné Monica Bonfanti. «Chaque jour, les centrales genevoises enregistrent en moyenne quelque 230 interventions policières.» Pour faire face à cette charge exceptionnelle, Genève a sollicité l'ensemble des cantons suisses, ainsi que des aspirants issus des académies de police.
«Notre volonté, c'est de faire de la frontière un maillon fort de la chaîne sécuritaire du G7»
Des frontières sous haute surveillance
Autre élément clé du dispositif : les frontières. Le colonel Jean-Luc Boillat, chef Douane Ouest à l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), a insisté sur leur rôle stratégique. «Notre volonté, c'est de faire de la frontière un maillon fort de la chaîne sécuritaire du G7», a-t-il déclaré. Des contrôles renforcés seront menés sur l'ensemble de la frontière suisse durant la durée du sommet, pas seulement cantonale ou romande. «Ils seront menés de manière intensive», a précisé le colonel.
Les autorités disposent légalement dans ce contexte de la possibilité de contrôler toute personne franchissant la frontière, même en l'absence de soupçon particulier. Pour autant, les voyageurs ne doivent pas s'attendre à un retour systématique des contrôles à chaque passage. «Il n'y aura pas de contrôle systématique en l'état actuel des risques et de la menace. Ce serait une mesure irréaliste en raison des importantes perturbations que cela entrainerait pour les travailleurs et l'économie régionale», a assuré Jean-Luc Boillat. Les autorités françaises et suisses travailleront en coordination afin de rendre les contrôles les plus efficaces possible tout en limitant les impacts sur la circulation transfrontalière.
En désaccord avec Paris
La question du financement du dispositif a également occupé une place importante lors du point presse. Le coût total de la sécurité engagée par la Suisse est aujourd'hui estimé par les cantons à environ 20 millions de francs. Or, malgré plusieurs mois de discussions diplomatiques, «aucun accord n'a été trouvé avec la France concernant une participation financière» a indiqué l'ambassadeur Alain Gaschen, délégué du Conseil fédéral pour le G7, présent au point presse.
Selon lui, Berne et Paris interprètent différemment l'accord conclu à la suite du G8 d'Évian en 2003. « Nous avons une lecture diamétralement opposée», a-t-il expliqué. Carole-Anne Kast, conseillère d'État chargée de la sécurité, a également regretté certaines limites de la coopération franco-suisse. «Après six mois de dialogue, la coopération régionale fonctionne bien, mais sur cette attente-là, nous restons sur notre faim», a-t-elle déclaré en référence au partage des coûts et à l'organisation de certaines manifestations sur le territoire français.
Un enjeu d'image pour Genève
Au-delà des aspects sécuritaires, les autorités fédérales voient aussi dans cet événement une occasion de mettre en avant le savoir-faire helvétique. Pour l'ambassadeur Alain Gaschen, le G7 est l'occasion pour la Suisse et Genève de «démontrer notre capacité d'accueil» et de « mettre en valeur ce que nous savons faire », notamment en matière d'accessibilité, d'organisation et de neutralité.
Reste désormais à savoir comment la population genevoise vivra cette mobilisation exceptionnelle dans les prochains jours, alors que plusieurs milliers d'agents, policiers, militaires et douaniers seront déployés sur le territoire. Pour rappel, une ligne verte est disponible pour répondre aux interrogations de la population genevoise. Plus de 750 appels ont déjà été traitée durant la journée de mercredi par les opérateurs.