Un nouveau bateau électro-solaire pour les Mouettes genevoises
Les Mouettes genevoises ont inauguré lundi un nouveau bateau électro-solaire, finalisant le passage à une flotte 100 % électrique.
Les Mouettes genevoises ont officiellement inauguré lundi leur nouveau bateau électro-solaire lors d’une cérémonie organisée au chantier naval des Eaux-Vives. Baptisé Tournesol, le nouveau bateau électro-solaire de la flotte, destinée à la ligne M1 entre le Molard et les Pâquis, marque une étape importante dans la transition vers une mobilité lacustre entièrement électrique.
«Genève est connue pour son lac, son Jet d’eau et ses Mouettes», a souligné le conseiller d’État en charge des mobilités et de la santé, Pierre Maudet, lors de son allocution. Il a rappelé que les Mouettes jouent un rôle «petit mais essentiel» dans le réseau de transport public, en contribuant à transformer le Léman, souvent perçu comme une coupure entre les deux rives, en une véritable «couture».
Long de 19,80 mètres et capable d’accueillir jusqu’à 60 passagers, le nouveau navire remplace une mouette datant de 1984 devenue trop petite pour répondre aux besoins actuels. Baptisé Tournesol, il s’inscrit dans la continuité des bateaux de la flotte dont les noms font référence à l’énergie solaire.
Sa conception a été fortement contrainte par le passage sous le pont du Mont-Blanc, avec un tirant d’air (distance entre la ligne de flottaison et le point le plus haut du bateau) limité à 1,70 mètre, tout en conservant deux mètres de hauteur intérieure pour les passagers. «Il faut pouvoir passer sous le pont du Mont-Blanc, mais garder un bateau où les gens circulent facilement afin de garantir un embarquement et un débarquement en une à deux minutes», explique Joël Charrière, Directeur général des Mouettes Genevoises. L’installation d’un ascenseur pour personnes à mobilité réduite a nécessité d'allonger le bateau de trois mètres, faisant du bateau Tournesol, le plus long de la flotte.
Une autonomie de 13heures
Propulsé à l'énergie électrique, le bateau est doté de panneaux solaires intégrés. Chaque soir, vers 21 heures, le bateau est branché à quai à l'image d'une voiture électrique. «Le pilote met la prise et tout un processus se déclenche», explique le directeur. La recharge des batteries est ensuite suivie d’un second cycle qui utilise l’énergie pour chauffer deux tonnes d’eau à 80 degrés. Avec environ trois tonnes de batteries lithium-ion, le bateau peut naviguer au minimum 13 heures sans recharge, et jusqu’à 15 heures avec la réserve de sécurité. «On peut faire toute la journée sans problème», résume Joël Charrière.
La construction a représenté un investissement d’environ deux millions de francs. «C’est un coût important, mais un investissement durable», explique son directeur, rappelant que les premiers bateaux électriques introduits dès 2004 sont toujours en service aujourd’hui. En eau douce, les contraintes sont en effet plus faibles qu’en mer et les bateaux peuvent facilement atteindre une durée de vie d’environ cinquante ans. «Nous pouvons donc estimer un amortissement sur 25 ans», souligne Joël Charrière.
Hormis la coque fabriquée en Pologne, le bateau et ses équipements techniques ont été réalisés à Genève par l'entreprise Energie Scholl. Avant sa mise en service, le projet a nécessité des tests rigoureux à l’aide d’un gabarit en bois reproduisant les dimensions du bateau.
Une mobilité multimodale
Les Mouettes genevoises transportent aujourd’hui près d’un million de passagers par an et la suite se prépare déjà en coulisses. À l’horizon 2027, une ligne pilote devrait relier la Tour Carrée aux Pâquis, sous condition d'une concession fédérale. Le futur bateau, d'environ 50 tonnes, devrait pouvoir accueillir 200 passagers ainsi que des vélos.
Pour le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large de mobilité multimodale. Il insiste sur le potentiel du lac comme axe de transport à part entière et sur la nécessité de rapprocher les rives pour les déplacements quotidiens, professionnels comme de loisirs. Il rappelle également que chaque passager transporté par les Mouettes représente potentiellement un véhicule en moins sur le pont du Mont-Blanc, contribuant ainsi à réduire la pression sur un axe routier régulièrement congestionné. «Les Mouettes sont un symbole très concret de la transition énergétique : elles montrent qu’on peut transformer une idée en réalité visible, utile et quotidienne pour la population genevoise».