Genève lance la rénovation de 300 bâtiments publics énergivores
Le Canton de Genève a dévoilé ce mardi un vaste plan d'action pour la rénovation énergétique de 300 bâtiments étatiques les plus gourmands en énergie d'ici 2037. Doté de 1,25 milliard de francs, ce programme vise à réduire drastiquement l'empreinte carbone du canton.
Face à l’urgence climatique et aux récentes vagues de chaleur, l’État de Genève passe à la vitesse supérieure. Nicolas Walder, conseiller d’État en charge du territoire, a présenté une feuille de route pour la rénovation énergétique prioritaire de 300 bâtiments officiels d'ici 2037.
Le parc immobilier cantonal compte plus de 1730 infrastructures pour environ 2,1 millions de mètres carrés. À eux seuls, les 300 bâtiments ciblés concentrent près de 95 % de la consommation thermique totale du parc public. «Nous avons sélectionné les bâtiments à plus fort impact. On parle d'une réduction de 15 à 20 % de la consommation énergétique. C'est l'équivalent de plusieurs milliers de ménages genevois», a expliqué Nicolas Walder.
Les derniers chiffres de 2025 montrent que le parc immobilier de l'Etat a déjà réduit ses émissions de C02 de 33% par rapport à l'année 2005. L'État s'est fixé une baisse de 60 % d'ici 2030.
Pour mener à bien ce chantier, l’exécutif s’appuie sur des crédits d'investissement de 1,25 milliard de francs votés par le Grand Conseil entre 2020 et 2023. L’enveloppe sera déployée au rythme d’environ 80 millions de francs par an. Le pilotage opérationnel a été confié à la toute nouvelle Direction du programme de la transition écologique (DPTE). Créée en janvier 2026 et rattachée à l’Office cantonal des bâtiments (OCBA), cette structure compte une vingtaine de collaborateurs faisant office de « task-force » pour accélérer et standardiser les procédures.
Le plan est divisé en deux parties: 75% iront aux bâtiments qui consomment le plus pour obtenir des résultats immédiats. Les 25% restants serviront à remettre aux normes légales des bâtiments plus petits (souvent des villas) dont l'indice de chaleur dépasse les limites autorisées.
Concrètement, de quoi parle-t-on ? «Les travaux peuvent concerner les enveloppes énergétiques, soit un travail sur les façades, mais aussi les enveloppes intérieures, le système de refroidissement d'air et les aménagements autour des bâtiments qui participent à les refroidir», détaille le Conseiller d'État.
Les écoles en première ligne
Les écoles et les lieux de formation sont en première ligne : ils représentent plus de la moitié des projets (117 bâtiments). Des lieux bien connus des Genevois vont ainsi être rénovés, comme les universités Uni Mail et Uni Dufour, le Collège Calvin ou le Centre médical universitaire (CMU).
Le département du Territoire met également en avant un enjeu de souveraineté énergétique et d'impact économique. En réduisant la dépendance du parc immobilier aux énergies fossiles, le canton espère limiter son exposition aux hausses des prix de l'énergie et aux risques d'approvisionnement. Selon Nicolas Walder, les rénovations devraient générer au minimum trois millions de francs d'économies par an, sans compter les améliorations attendues pour le confort des usagers.
Mener ces travaux ne sera pas de tout repos, car presque tous les bâtiments sont actuellement occupés. «Il faudra travailler main dans la main avec les usagers», explique Mariama Raulet, directrice par intérim de ce programme de transition. «Qu'il s'agisse de déplacer temporairement des classes d'école, des patients, ou des détenus en prison, les chantiers devront se faire par étapes logistiques bien précises.»
Végétaliser plutôt que climatiser
Interpellé sur les fortes chaleurs qui règnent ces jours-ci sur la région, Nicolas Walder note que la situation « vient renforcer l'urgence d'agir». Il exclut toute généralisation des climatiseurs, qu'il qualifie de «non-sens environnemental». Si des exceptions au cas par cas restent la règle pour les hôpitaux ou certains EMS, le canton privilégiera la ventilation active et l'adaptation architecturale. Pour les cours d'école, le projet prévoit notamment la désimperméabilisation des sols et une arborisation massive. Cette végétalisation, intégrée au programme, vise à briser les îlots de chaleur urbains et permettrait d'abaisser jusqu'à 4 degrés la température ressentie, une alternative à des systèmes de climatisation.
La liste des 300 chantiers prioritaires sera dévoilée d'ici la fin de l'été une fois la cartographie IDC définitivement validée.