À Genève, le chauffage des bâtiments reste le principal point faible climatique
Publié le par:Le canton émet 8 tonnes de CO₂ par habitant, davantage que la moyenne suisse, selon une étude du CREA. Sans l’aviation, Genève fait toutefois mieux que la moyenne nationale. Son principal point faible reste le chauffage des bâtiments.
Genève est-il un canton pollueur? Les chiffres de la dernière étude de l’institut Crea de l’Université de Lausanne donnent une première réponse. Le canton a émis environ 8 tonnes d’équivalent CO₂ par habitant en 2023, contre 6,2 tonnes en moyenne suisse.
Le poids de l'aéroport international de Genève, bien qu’essentiel pour la connectivité du canton, influence ce résultat. Le transport aérien représente 37,7% des émissions genevoises, selon les estimations du CREA.
En retirant l'aviation, les émissions genevoises tombent à 5 tonnes par habitant. Genève figure alors mieux que la moyenne suisse et figure parmi les cantons de référence présentant les niveaux d'émissions par habitant les plus faibles, juste derrière Zurich.
Les ménages genevois, bons élèves
Du côté des ménages genevois, le bilan est plutôt favorable. En 2023, un habitant de Genève a parcouru en moyenne 4'700 kilomètres par an en transport motorisé privé, contre environ 9'200 kilomètres en moyenne suisse.
Les Genevois ne disposent pourtant pas de véhicules particulièrement moins polluants. L'intensité carbone des déplacements atteint 178,5 grammes de CO₂ par kilomètre, un niveau comparable à celui de la Suisse. C'est donc surtout la distance parcourue qui fait la différence.
Le Crea l’explique notamment par un recours important aux transports publics.
Le chauffage des bâtiments, vrai point faible
Le chauffage des logements est identifié comme le principal point faible environnemental du canton. Les logements genevois consomment en moyenne 126 kWh par mètre carré, contre 101 kWh en moyenne suisse.
Surtout, le canton de Genève dépend encore fortement des énergies fossiles. En 2023, 70,4% de la surface habitable genevoise était chauffée au mazout ou au gaz, contre 56,5% en Suisse.
Cette combinaison entre consommation énergétique élevée et recours important aux énergies fossiles se retrouve dans les émissions. Les bâtiments genevois émettent 27,9 kg de CO₂ par mètre carré, contre 18,7 kg en moyenne nationale. L'écart atteint donc près de 50%.
À titre de comparaison, Bâle-Ville affiche une intensité carbone de seulement 11,3 kg de CO₂ par mètre carré. Le canton bénéficie notamment d'un recours beaucoup plus important au chauffage à distance.
Le paradoxe est que les Genevois disposent aussi de moins d’espace. La surface habitable moyenne atteint 37,5 m² par personne, contre 48 m² en Suisse.
Cette situation est liée notamment aux prix et aux loyers élevés qui poussent les ménages à occuper moins d’espace. Or, moins de mètres carrés signifie aussi moins de surface à chauffer.
Cela ne signifie évidemment pas que la pénurie de logements est un avantage environnemental, mais d’une conséquence indirecte et non recherchée de la crise immobilière.
Une décarbonation au ralenti
Selon les projections du CREA, si les tendances actuelles se poursuivent, Genève atteindrait encore 1,97 million de tonnes de CO₂ en 2030, contre 1,24 million correspondant à la trajectoire de ses objectifs climatiques. L’écart persisterait en 2050, avec 0,78 million de tonnes projetées, contre un objectif de 0,31 million.
Au rythme actuel, la baisse des émissions ne suffirait donc pas à atteindre les objectifs climatiques du canton.