Quatre pistes pour débloquer Genève

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Rédactrice - analyste économique
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Le canton de Genève est pris en étau entre un marché immobilier sous tension et des infrastructures de transport arrivées à saturation. Logement, procédures, transports: quatre leviers pourraient permettre à Genève de sortir de l’impasse.

Le canton de Genève doit faire face à un double problème: il est difficile d’y construire des logements et il est de plus en plus compliqué de s’y déplacer. La récente étude du CREA donne la mesure du défi: un taux de vacance de seulement 0,31%, des permis de construire qui prennent en moyenne 369 jours et une vitesse moyenne de déplacement d’environ 27 kilomètres par heure. Alors, comment inverser la tendance? Cinq experts livrent leurs pistes.

1. Simplifier les procédures et libérer la construction

C’est le principal levier évoqué par le panel: face à une population genevoise qui pourrait croître de 145’000 personnes d’ici à 2050, le canton devra durablement augmenter sa production de logements. Selon Corinne Dubois (Wüest Partner), il faut d’urgence «stimuler et flexibiliser» la construction, notamment en transformant des surfaces de bureaux en logements.

Pour y parvenir, un grand ménage s’impose dans le labyrinthe bureaucratique. Marie Barbier-Mueller (SPG) plaide pour un décloisonnement de cette «galaxie administrative» aux attentes contradictoires. Elle rappelle surtout que le délai d’obtention du permis ne représente qu’une partie du parcours: entre le lancement d’un projet immobilier, les différentes procédures, sa réalisation et sa livraison, plusieurs années peuvent s’écouler.

Pour lever ces blocages, l’experte suggère de privilégier le pragmatisme et le dialogue: «Les arbres sont devenus sacrés, et c’est une bonne chose, mais au lieu de grever une parcelle en raison d’un cordon boisé, on pourrait mieux positionner les bâtiments et s’engager à replanter ailleurs.»

Elle propose surtout de se fixer des objectifs concrets en matière de construction et d’en mesurer ensuite les résultats. «Il faudrait se fixer des objectifs au niveau de la production de droits à bâtir en premier lieu, et ensuite suivre leur transformation en logements.» Autrement dit, créer des possibilités de construire ne suffit pas: encore faut-il s’assurer qu’elles se traduisent effectivement par de nouveaux logements.

Dans le même esprit d’ouverture, Diego Taboada (Avenir Suisse) propose d’importer le modèle des «zones blanches» testé à Zoug, qui assouplit les règles d’aménagement: «Ce système permet de passer d’un mécanisme d’opposition stérile à une logique de négociation avec les habitants: cela peut être une participation à la plus-value, une garantie pour les locataires, ou encore des mesures de compensation pour les acteurs locaux.»

2. Penser l’urbanisme avec les infrastructures de proximité

Pour débloquer les infrastructures, bâtir des murs ne suffit pas: il faut repenser le lieu de vie dans son intégralité. Inès Lamunière (EPFL) invite à rompre avec le «copié-collé architectural» standardisé des années 2000 pour privilégier une architecture de qualité et des programmes généreux et mixtes, à l’instar du projet Le Prieuré (mêlant structures pour personnes âgées ou en situation de handicap, logements étudiants et familiaux, crèche et restaurant).

Pour l’architecte, construire davantage doit aussi être l’occasion de construire mieux et plus beau. La qualité architecturale et l’intégration des projets dans leur environnement deviennent ainsi des enjeux d’acceptabilité: des quartiers mieux pensés peuvent contribuer à renforcer l’adhésion de la population à la densification.

Cet urbanisme de proximité doit enfin anticiper les besoins des familles, notamment en places de crèche. Le canton manque cruellement de 3000 places. Selon Diego Taboada, Genève gagnerait à s’inspirer des cantons alémaniques en instaurant des bons de garde: «Cette approche permet de stimuler l’offre privée de crèches. Résultat: à Zurich et à Saint-Gall, cela a même créé une offre excédentaire!»

3. Relier le logement aux transports et désengorger les axes

À Genève, il serait illusoire de régler les problèmes de circulation sans s’attaquer à la crise immobilière. Les deux dossiers sont intimement liés, rappelle le sociologue Vincent Kaufmann (EPFL). «Faute de logements accessibles près de leur lieu de travail, les pendulaires s’installent toujours plus loin, engorgeant des axes sous pression à l’image d’un Léman Express saturé. Plus on construira à Genève, plus on arrivera à loger les gens qui y travaillent, et plus on solutionnera les problèmes de mobilité.»

L’enjeu est aussi de mieux relier Genève au reste de la Suisse. Vincent Kaufmann appelle à défendre une nouvelle ligne ferroviaire entre Genève et Lausanne, afin d’augmenter la capacité et la robustesse d’un axe aujourd’hui saturé. «On ne peut pas attendre 2045 pour avoir une solution pérenne», insiste-t-il. Au moindre incident important, l’absence d’alternative peut fortement perturber la connexion ferroviaire de Genève avec le reste du pays.

Côté trafic, les solutions proposées par les experts divergent sur les moyens d’agir sur l’usage de la voiture: Diego Taboada plaide pour une tarification de la route afin de «lisser à travers le prix l’utilisation de la voiture aux heures de pointe», tandis que Vincent Kaufmann privilégie une action plus rigoureuse sur la politique de stationnement.

4. Faire front uni

Dernier enjeu: dépasser les clivages politiques pour défendre collectivement les infrastructures dont Genève a besoin. Pour Vincent Kaufmann, la mobilité doit sortir des oppositions partisanes: «La mobilité n’est ni de gauche ni de droite.»

Face à des investissements fédéraux disputés entre les régions, Genève et l’Arc lémanique gagneraient à parler d’une seule voix à Berne. À l’image de Zurich, qui sait faire bloc autour de ses projets stratégiques, la capacité à construire un consensus régional est aussi une condition pour mieux défendre les intérêts de Genève auprès de la Confédération.

Un même constat traverse finalement ces quatre pistes: Genève ne pourra pas résoudre séparément ses problèmes de logement, de mobilité et d’infrastructures. Simplifier les procédures, construire davantage et mieux, anticiper les équipements nécessaires à la vie des quartiers et renforcer les connexions du canton sont autant de pièces d’une même équation.

Dans un canton appelé à poursuivre sa croissance, la capacité à faire aboutir ces projets et à construire autour d’eux un consensus suffisamment large sera déterminante pour préserver durablement la qualité de vie et l’attractivité de Genève.

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