La prévoyance mise à l’épreuve par le vieillissement démographique

La population suisse vieillit et les départs à la retraite augmentent. Dans ce contexte, l’arrivée des nouveaux actifs sur le marché du travail n’est plus suffisante pour assurer un financement de la prévoyance vieillesse (AVS), qui repose sur la solidarité entre les générations. 

La Suisse fait face à un vieillissement progressif de sa population, une tendance à l’œuvre depuis plusieurs décennies. Plusieurs facteurs l’expliquent. D’une part, la natalité recule et le nombre d’actifs entrant sur le marché du travail diminue. D’autre part, les générations du baby-boom des années 1960 arrivent aujourd’hui à la retraite, ce qui accentue les sorties du marché de l’emploi. Enfin, l’allongement de l’espérance de vie renforce encore ce phénomène, appelé à s’intensifier dans les années à venir.

Les retraités, une tranche d’âge de plus en plus représentée 

Ce constat se traduit par une hausse continue de la part des plus de 65 ans dans la population. Ils représentaient 19% en 2023 et pourraient atteindre environ 25% d’ici 2055. Cette évolution s’explique notamment par un taux de natalité durablement faible en Suisse. Pour que la population puisse se renouveler naturellement, il faudrait 2,1 enfants par femme, contre environ 1,3 aujourd’hui.

La combinaison d’une natalité insuffisante et d’une espérance de vie en hausse transforme progressivement la structure démographique. Les personnes âgées occupent une place croissante dans la population : c’est ce que l’on appelle l’inversion de la pyramide des âges.

Influence du vieillissement de la population sur la prévoyance 

Ce constat n’est pas sans conséquences. En effet, notre système de prévoyance vieillesse a été pensé autour de la solidarité intergénérationnelle. Cela signifie que les actifs paient pour les retraités, ce qui instaure un rapport de dépendance des seconds envers les premiers. Pour que ce système fonctionne, il est donc nécessaire d’avoir suffisamment de travailleurs qui cotisent pour permettre de financer les rentes des personnes ayant terminé leur activité professionnelle.

 

 Alors qu’il y a une cinquantaine d’année la Suisse comptait un retraité pour cinq actifs, aujourd’hui, ils ne sont plus que trois pour un.

Or aujourd’hui cette inversion de la pyramide des âges crée une tension autour de cette dépendance. Alors qu’il y a une cinquantaine d’année la Suisse comptait un retraité pour cinq actifs, aujourd’hui, ils ne sont plus que trois pour un et ce ratio devrait même se situer autour d’un pour deux d’ici à 2055, selon les dernières prévisions de l’OFS.

La Confédération projette par ailleurs une entrée dans les chiffres rouge de l’AVS dès 2026, en raison notamment du versement de la treizième rente, prévu pour la première fois en décembre de cette année. Une nouveauté qui fait suite à l’acceptation par la population, en mars 2024, de cette nouvelle mesure.

Il existe toutefois un frein à cette tendance : l’immigration des jeunes travailleurs. La croissance économique suisse et son statut de place centrale de l’innovation fait que les postes ouverts dépassent dans de nombreux secteurs la demande intérieure. L’apport de travailleurs étrangers contribue ainsi à renforcer la part de la population active. Majoritairement en âge de travailler, ces derniers participent à rajeunir la moyenne d’âge sur notre territoire et contribuent également largement au financement de notre système de prévoyance.

Un financement à consolider face aux défis à venir 

Le vieillissement de la population constitue ainsi un défi structurel pour la Suisse. S’il est en partie atténué par l’immigration et certaines adaptations du système, il continue de fragiliser l’équilibre de la prévoyance et pose la question de sa soutenabilité à moyen et long terme.

Dans ce contexte, il ne s’agit plus seulement de constater une évolution démographique, mais d’anticiper ses conséquences. La question du financement durable de l’AVS, tout comme celle de l’adaptation de notre modèle social et économique, restera au cœur des débats politiques dans les années à venir. Elle impliquera des choix structurants, notamment en matière de marché du travail, d’attractivité et de politique migratoire.