Qui compose la population suisse aujourd’hui?

Le 14 juin 2026, les Suisses se prononceront sur l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ». Au-delà de la limitation de la croissance démographique, le scrutin interroge la composition même de la population du pays.

Un peu d’histoire

La démographie suisse est étroitement liée à l’activité économique du pays. Depuis 1900 la population croît en moyenne d’environ 1% par an. Deux périodes seulement font exception avec une croissance négative : la première en 1918, principalement en raison de la grippe espagnole et la deuxième en 1975-1976, à la suite de crises économiques, notamment du choc pétrolier entrainant une chute de la natalité et un départ massif de travailleurs étrangers.

Inversement, les périodes de grande croissance telles que les années 1961 et 1962 s’expliquent en partie grâce à une conjoncture favorable, qui a attiré une main d’œuvre étrangère en nombre. 

Une démographie portée par l’immigration

L’impact de l’immigration sur la démographie est aujourd’hui largement reconnu. La Suisse est l’un des pays européens avec la plus forte proportion d’étrangers, derrière le Luxembourg et le Liechtenstein. Sur les 9,1 millions d’habitants, environ 72% sont de nationalité suisse et 28% de nationalité étrangère.

Parmi les Suisses, une part importante possède par ailleurs une double nationalité : 22% d’entre eux ont un passeport italien, tandis que les Français et les Allemands représentent respectivement 11% et 10%. 

Autre élément clé : la population suisse ne parviendrait pas à se renouveler. L’accroissement naturel, à savoir la différence entre les naissances et les décès sur le territoire suisse, s’établit à seulement environ 6'000 personnes par an. Le taux de fécondité en Suisse est de 1,33 enfant par femme, bien en dessous du taux nécessaire de 2,1.

Un modèle économique solide 

Dans un contexte de faible accroissement naturel, la question démographique en Suisse s’inscrit étroitement dans les dynamiques de son modèle économique. Pays de taille modeste et à la population relativement limitée, la Suisse figure néanmoins parmi les économies les plus innovantes et productives à l’échelle mondiale. 

Une part importante de la valeur ajoutée nationale provient de secteurs à forte intensité technologique, tels que la chimie, l’ingénierie et la recherche. Cette spécialisation s’inscrit dans une économie largement ouverte, exposée à une concurrence internationale soutenue. 

Dans ce cadre, la Suisse est confrontée à plusieurs contraintes structurelles, notamment un franc fort, des coûts élevés et des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs. Dans plusieurs domaines, les besoins en personnel qualifié dépassent les ressources disponibles sur le marché du travail national. Cette situation contribue au maintien de l’activité économique et à la production de valeur dans des secteurs clés. 

Sans minimiser les enjeux lié à la pression démographique, cette question ne se résume finalement pas à savoir si la population doit dépasser ou non 10 millions d’habitants. Elle concerne surtout les mécanismes qui déterminent cette croissance : immigration économique, natalité, vieillissement de la population et besoins du marché du travail. Le vote à venir portera donc indirectement sur le modèle économique suisse et sur l’équilibre entre croissance démographique, prospérité économique et qualité de vie.