Jet d'eau de Genève et le tourisme

Quel avenir pour le tourisme à Genève?

Genève voit son tourisme évoluer. Réunis lors du bilan 2025 de la Fondation Genève Tourisme et Congrès, les acteurs du secteur dessinent les grandes tendances des années à venir : entre crises internationales et révolution de l’intelligence artificielle.

Au Brunch du tourisme genevois, Genève interroge son avenir touristique entre stabilité, crises et révolution de l’intelligence artificielle. À l'occasion de son bilan 2025, la Fondation Genève Tourisme a évoqué les grandes tendances à venir avec une question centrale: à quoi ressemblera le tourisme à Genève dans les années à venir?

Genève affiche une certaine stabilité touristique en ce début 2026, malgré un contexte international incertain et une capacité hôtelière réduite. Selon la Fondation Genève Tourisme et Congrès, les nuitées sont restées globalement stables au premier trimestre 2026, avec une hausse marquée en janvier (+6,4%), un recul limité en février (-1%), puis une stabilisation en mars (+0,4%). Cette résilience s’inscrit dans la continuité des bons résultats enregistrés en 2025. Sur l’ensemble de l'an dernier, la destination enregistre 3,85 millions de nuitées, en hausse de 1,7% par rapport à 2024.

Un contexte international tendu

Mais derrière ces chiffres, les tensions internationales redessinent les flux touristiques, comme l'a rappelé Adrien Genier, directeur de la Fondation Genève Tourisme et Congrès: "Nous estimons une baisse de 15 à 20% des nuitées hôtelières à Genève liée au conflit au Moyen-Orient. Le secteur se concentre maintenant sur l’Amérique du Nord et l’Europe." Dans une situation qualifiée de “gelée” par Martin Nydegger, Directeur général de Suisse Tourisme, les décisions de voyage deviennent plus sensibles aux crises, aux prix et à la confiance globale. Mais selon lui, la Suisse dispose là d'un levier important: «sa perception d'une destination sûre dans un contexte internationale instable».

Parmi les forces sur lesquelles il faut capitaliser, plusieurs intervenants ont souligné le positionnement unique de Genève dans le tourisme d'affaires et les congrès. En 2025, la ville a confirmé cette dynamique avec 43 congrès associatifs signés pour les années à venir (+39% par rapport à 2024), soit 36’400 participants projetés et 111’900 nuitées futures. Pour Fabienne Lupo, nouvelle présidente de la Fondation, «l’attractivité de Genève se mesure notamment à ses nombreux congrès et salons, qui font du canton une référence mondiale du savoir et génèrent des milliers d’emplois.»

La durabilité devient un impératif

Autre transformation majeure: la durabilité n’est plus une option. Entre 2016 et 2026, elle est passée d’un enjeu secondaire à un impératif stratégique du tourisme d’affaires, a relevé Adrien Genier citant une étude de Booking.com. Les attentes des voyageurs dans le tourisme de loisirs confirment ce basculement : 54% veulent soutenir les commerces locaux, 69% veulent désormais repartir de leur voyage enrichis d’une expérience, 73% désirent que leur dépenses contribuent à la communauté locale et 77% veulent vivre une expérience touristique en contact avec la culture locale. Pour Martin Nydegger, directeur de Suisse Tourisme, le défi aujourd’hui est de voyager mieux: «mieux répartir les flux, mieux intégrer la durabilité et assurer une coexistence harmonieuse entre visiteurs et habitants.»

L'IA change la manière de voyager

Autre rupture majeure évoquée durant la conférence: la manière de planifier et de vivre un voyage. En 2025, près de 39% des voyageurs ont utilisé l’intelligence artificielle pour organiser leurs déplacements, contre 28% un an plus tôt. La recherche dite classique a chuté à 36% en 2025, contre 51% en 2024. Pour Nicolas Durand, CEO de la Fondation Campus Biotech Geneva, dans lequel s'est tenu l'évènement, l'IA permet aux acteurs touristiques de mieux connaître les envies et les besoins du visiteur, et ainsi lui offrir une expérience culturelle plus personnalisée et engageante. L'enjeu n'est plus seulement d'attirer les visiteurs mais de comprendre leurs attentes et cela même en temps réel. «Ce levier permettrait à Genève de rester une destination extraordinaire», explique-t-il. Sur ce point, Adrien Genier préciser la responsabilité des acteurs touristiques: «Ils ont bien entendu un rôle à jouer de vérifier les infos de comment on nourrit l'IA pour le visiteur ».

Cette transformation se concrétise avec le lancement par Genève Tourisme de l’application Hello Geneva, prévu pour juillet 2026. L'objectif est de personnaliser l'expérience touristique grâce à l'IA, recommander des activités adaptées au profil des visiteurs et mieux comprendre le comportement des voyageurs. Une stratégie assumée par Adrien Genier, faire évoluer Genève d'une ville connue à une ville choisie.

Le sommet AI for Good

Cet été, un autre événement viendra aussi confirmer cette dynamique: le sommet AI for Good à Palexpo, organisé autour des enjeux de l’intelligence artificielle et de son rôle dans la société, avec l’ambition de positionner Genève comme une place forte de l’IA. Comme le souligne Kseniia Fontaine, Senior Business Development and Operations Officer d’AI for Good, «la question n’est plus ce que l’IA peut faire, mais ce qu’elle doit faire.»

Elle a également insisté sur les défis structurels liés à son développement, notamment les inégalités d’accès et la concentration des infrastructures numériques, qui interrogent directement la manière dont ces outils seront intégrés dans des secteurs comme le tourisme.