Le Conseil d'Etat genevois appelle à rejeter l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions »
Le Conseil d'Etat rejette fermement l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », soumise au vote le 14 juin. Il la juge « trompeuse et contreproductive », estimant qu’elle « n’apporte aucune solution » aux défis actuels.
Réuni mercredi, le Conseil d’État genevois a affirmé devant la presse son opposition à l’initiative fédérale « Pas de Suisse à 10 millions », soumise au vote le 14 juin. L’exécutif cantonal la juge « trompeuse et contreproductive », estimant qu’elle ne répond pas aux défis actuels liés au logement, à la mobilité, à l’économie et aux infrastructures.
Pour le gouvernement, le texte ne permettrait pas de résoudre les problèmes concrets déjà identifiés à Genève et en Suisse romande. Le président du Conseil d’État, Thierry Apothéloz, insiste sur ce point en estimant que l’initiative est déconnectée des besoins du terrain : « Cette initiative n’apporte aucune solution. Elle ne résoudra ni les difficultés de logement, ne mettra aucun nouveau train sur les rails et aucune nouvelle route ne sera construite. »
L’exécutif met notamment en avant le fait que les besoins en infrastructures et en logements sont déjà importants dans le canton, et que limiter la croissance démographique de manière rigide ne permettrait pas d’y répondre.
Sur les questions de mobilité et d’urbanisation, plusieurs membres du Conseil d’État alertent sur des effets indirects. Le conseiller national Nicolas Walder souligne que les restrictions envisagées auraient des conséquences directes sur les déplacements quotidiens dans la région frontalière : « Cette initiative ne fait qu’augmenter le parcours des gens pour venir travailler à Genève, ce qui causera plus de trafic, plus de pollution, plus de bruit, et mettra à mal le marché immobilier. »
Cette initiative ne fait qu’augmenter le parcours des gens pour venir travailler à Genève, ce qui causera plus de trafic, plus de pollution, plus de bruit, et mettra à mal le marché immobilier.
Dans la même logique, il estime que l’argument environnemental avancé par les partisans du texte est trompeur, rappelant que les émissions ne disparaissent pas en fonction des frontières : « Le volet environnemental de cette initiative est un mensonge. Une activité humaine, d’un côté ou de l’autre de la frontière, a une empreinte carbone. Il vaut mieux agir ici en promouvant la sobriété et les circuits courts. »
Au-delà des enjeux de mobilité et d’environnement, le Conseil d’État met aussi en avant des risques institutionnels et économiques plus larges. Genève rappelle que son économie fortement intégrée au bassin franco-valdo-genevois repose en partie sur la libre circulation des personnes, et qu’un frein à celle-ci pourrait fragiliser les finances publiques. Le canton est en effet l’un des principaux contributeurs à la péréquation financière intercantonale, un mécanisme de solidarité entre régions suisses.
Sur le plan sécuritaire, la conseillère d’État Nathalie Fontanet met en garde contre un affaiblissement des accords internationaux : « Sans la coopération Schengen et Dublin, la police cantonale se retrouvera avec des lacunes en matière de sécurité, de criminalité et notamment dans la lutte contre les home-jackings. »
Enfin, la conseillère d’État Delphine Bachmann souligne un possible effet de report sur le marché de l’emploi local, avec un recours accru à la main-d’œuvre frontalière si les restrictions devaient entrer en vigueur : « Les frontaliers ne sont pas concernés par cette initiative. Il risque donc d’y avoir un recours plus important à la main-d’œuvre frontalière à Genève. »
Le Conseil d’État se dit « unanime » face à un texte qu’il juge risqué, estimant qu’il pourrait fragiliser à la fois l’économie, les infrastructures, la sécurité et la cohésion régionale.