À Genève, un nouveau front commun pour soutenir l'industrie

Face aux mutations, patrons et syndicats genevois unissent leurs forces avec la création d’un nouveau conseil pour mieux anticiper les défis de l’industrie cantonale.

Face aux profondes mutations économiques, les organisations patronales de l'industrie genevoise et le syndicat UNIA affichent leur volonté de travailler de concert au sein d'une structure inédite. Réunis mardi au Cercle du Rhône, ils ont officialisé la création du Conseil de l’industrie genevoise (CIG), une instance paritaire destinée à mieux anticiper et répondre aux défis qui touchent le secteur industriel du canton.

« L’idée, c’est d’avoir un toit commun pour affronter les défis actuels », explique Livio Elia, Président du CIG et Vice-Président de l'UAPG. Il évoque des tensions géopolitiques, des difficultés de recrutement, des problèmes d’approvisionnement et d’exportation, ainsi que les transformations technologiques qui exercent une forte pression sur le tissu industriel local.

Un secteur clé pour l’économie genevoise

L’industrie représente pourtant un pilier majeur de l’économie cantonale, avec plus de 27’000 emplois directs et environ 14 % du PIB, a rappelé la conseillère d’État Delphine Bachmann. Portée notamment par l’horlogerie, les sciences de la vie et la pharmacie, elle contribue largement aux exportations genevoises, qui dépassent les 20 milliards de francs par an.

« Attendre n’est plus une option face aux risques qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement et les exportations »

 

« Attendre n’est plus une option face aux risques qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement et les exportations », a-t-elle averti. Elle voit dans la création du CIG « un acte de confiance envers l’avenir industriel genevois », avec l’ambition d’en faire un modèle au-delà des frontières cantonales.

À Genève, les initiatives en faveur de l’industrie sont déjà nombreuses. L’enjeu du CIG n’est donc pas d’en créer de nouvelles, mais de mieux les coordonner. « Tout le monde agit déjà, et souvent très bien. L’ambition est de réunir ces forces et de les aligner dans une même direction », souligne Livio Elia.

Une stratégie industrielle à long terme

Le Conseil s’appuie sur la stratégie industrielle genevoise 2032, en cohérence avec la stratégie économique cantonale 2035. L’objectif est d’aligner les partenaires sociaux et les politiques publiques autour d’une vision commune.

Trois axes structurent cette stratégie: mieux cartographier le tissu industriel et ses vulnérabilités, préserver les savoir-faire et les emplois en anticipant les mutations, renforcer l’attractivité de l’industrie genevoise pour attirer investissements et talents.

Huit projets concrets doivent être déployés progressivement. Parmi eux figurent la création d’une cellule de crise pour accompagner les entreprises en difficulté et limiter les licenciements collectifs, ainsi qu’une « boîte à outils » regroupant des mesures déjà validées (aides publiques, reconversion, chômage).

D’autres chantiers portent sur l’augmentation des surfaces industrielles disponibles, la création d’un coffre-fort numérique et la mise en place de fonds de soutien au développement industriel.

Anticiper plutôt que subir 

Pour les représentants des salariés, le CIG doit permettre d’agir plus vite et plus efficacement en cas de crise, mais aussi d’anticiper les transformations du travail.

« Lorsqu’il y a un licenciement collectif, les salariés disposent d’un délai pour proposer des alternatives », rappelle Yves Defferard, vice-président du CIG et directeur d'Unia Genève. « Avec une structure organisée et réactive, capable de fournir des analyses solides, on peut peser pour limiter ces licenciements. »

Au-delà des situations d’urgence, l’enjeu est aussi structurel : accompagner l’évolution des métiers et renforcer l’attractivité des parcours industriels. « L’intelligence artificielle va transformer certains emplois. Il faut anticiper les reconversions dès maintenant », souligne-t-il. Dans cette logique, la meilleure protection reste l’anticipation: l'idée est de pouvoir absorber collectivement les changements, plutôt que de les subir.



Interview (aussi en vidéo en bas de page)

Vous lancez le Conseil de l'industrie genevoise. A quoi va-t-il servir?

Livio Elia, Président du CIG: Il va servir à répondre aux défis actuels. Tous les problèmes que nous observons, notamment les problèmes d’exportation et d’approvisionnement. L’idée est de disposer d’un toit commun pour affronter ce type de défis.

Qu'est-ce qui le distingue des autres acteurs comme l'UIG, l'OPI, ou la CCIG?

Livio Elia, Président du CIG: De nombreux acteurs mènent déjà des actions, qui sont d’ailleurs bien réalisées. L’ambition de ce Conseil est de pouvoir réunir ces acteurs et de porter l’ensemble des travaux dans une même direction, de manière coordonnée.

Vous avez évoqué une stratégie industrielle genevoise 2032: quels sont vos projets prioritaires?

Livio Elia, Président du CIG: Les priorités incluent notamment la cartographie, car on ne peut ni améliorer ni protéger ce que l’on ne connaît pas. Nous travaillons également sur une boîte à outils sociale, ainsi que sur une boîte à outils numérique, car la protection des données devient un enjeu important.

Comment le Conseil de l'industrie genevoise va contribuer à protéger les emplois de l'industrie à Genève?

Yves Defferrard, vice-président du CIG: Cela sera essentiel, notamment dans le cadre des processus de consultation. Lorsqu’un licenciement collectif intervient, les salariés disposent d’un délai pour formuler des propositions afin d’éviter ou de limiter les licenciements.

Une structure organisée permettra de disposer de personnes capables de fournir rapidement des données crédibles pour étayer un rapport présenté à un conseil d’administration. Cela permettra d’agir efficacement en cas de licenciement collectif.

Un autre point important concerne l’intelligence artificielle, qui aura un impact sur l’emploi. Il s’agit de réfléchir à la transition des métiers, notamment pour les personnes susceptibles de perdre leur emploi, afin d’identifier des possibilités de reconversion vers d’autres postes.

Quel rôle jouera l'Etat pour accompagner les projets du Conseil de l'industrie genevoise ?

Delphine Bachmann, Conseillère d'Etat: La structure paritaire entre partenaires patronaux et syndicaux est en place. Nous sommes là pour accompagner et trouver une méthode de travail en convergence. De nombreuses actions prévues dans la stratégie industrielle s’inscrivent dans la stratégie économique 2035 validée par le Conseil d’État. Il s’agit d’accompagner la transition des emplois, de soutenir la création de nouveaux leviers de croissance et de favoriser l’innovation.

On connaît beaucoup Genève pour son négoce, la Genève internationale, sa place financière. Quel est le poids de l'industrie dans l'économie du canton ?

Delphine Bachmann, Conseillère d'Etat: Le secteur secondaire représente 14 % de l’économie cantonale, soit plus de 27'000 emplois. Il occupe seulement 3 % du territoire. Cela pose des enjeux importants, notamment en matière de cartographie du foncier et de mise à disposition d’espaces. Genève est également le deuxième exportateur de Suisse, avec plus de 20 milliards de francs de biens exportés par an. L’industrie y contribue largement et constitue un élément clé de la prospérité et du tissu économique du canton.