Anne Hiltpold: «Face à l'IA, nous préparons les élèves à l'esprit critique»
Intelligence artificielle, hausse du nombre d'élèves, apprentissage dual: les chantiers ne manquent pas pour l'école genevoise. Anne Hiltpold détaille les priorités de son département et sa vision de l'école de demain.
Nouvelle présidente du Conseil d'État genevois depuis le 1er juin, Anne Hiltpold achève sa troisième année à la tête du Département de l'instruction publique (DIP). À quelques jours de la fin de l'année scolaire, la magistrate revient sur les réformes engagées, les défis qui persistent et les transformations qui attendent l'école genevoise.
Si Anne Hiltpold estime que l'école genevoise «se porte plutôt bien», elle reconnaît que plusieurs défis persistent. À commencer par le niveau des élèves. Les derniers résultats aux tests des compétences fondamentales (COFO) ont mis en évidence certaines lacunes, notamment en orthographe. À la fin de la scolarité obligatoire, seuls 40% des élèves maîtrisent les compétences fondamentales dans ce domaine. Le projet «L'Odyssée des mots», consacré au renforcement du français et de l'orthographe, sera ainsi reconduit l'an prochain. Pour la conseillère d'État, la priorité reste claire: maintenir un haut niveau dans les apprentissages de base.
La hausse du nombre d'élèves représente un autre défi majeur. Alors que Genève devrait accueillir près de 1’800 élèves supplémentaires d'ici à 2028, plusieurs cycles d'orientation arrivent à saturation. La responsable du DIP réfute toutefois tout problème d'anticipation.
«Ce n'est pas un problème de planification, c'est vraiment dans la réalisation. Nous voyons que ce n'est pas simple de construire à Genève, que le terrain n'est pas extensible et que les projets peuvent prendre du temps.»
Dans ce contexte, plusieurs agrandissements et surélévations sont prévus dans différents établissements, en attendant la concrétisation de nouveaux cycles.
Le pari des réformes
À la rentrée, cinq établissements testeront une 9e année en tronc commun. Cette réforme vise à repousser le moment de l'orientation des élèves et à mieux accompagner ceux qui rencontrent des difficultés scolaires.
«Aujourd'hui, nous voyons que nous n'arrivons pas toujours à bien orienter les élèves. L'idée est de reporter d'une année le moment où nous faisons ces choix afin de pouvoir les faire de manière plus éclairée. Nous voulons aussi éviter que certains jeunes soient stigmatisés et leur permettre de progresser davantage.» Le projet sera évalué pendant plusieurs années avant toute éventuelle généralisation.
L'orientation est également au cœur du dossier de l'apprentissage dual. Aujourd'hui, seuls 4% des élèves genevois sortant du cycle choisissent cette voie. Un chiffre que la présidente du Conseil d'État juge «inquiétant». Selon elle, plusieurs facteurs expliquent cette situation:
«Il y a un bout de mentalité, un très grand manque de places selon les métiers, des parents qui poussent vers des formations plus générales, des jeunes qui ne savent pas encore ce qu'ils veulent faire. Il y a tout cela à la fois.»
Le canton entend désormais renforcer sa collaboration avec les entreprises, notamment dans les domaines confrontés à des pénuries de personnel comme la santé, le social ou l'informatique.
L'école à l'heure de l'intelligence artificielle
L'intelligence artificielle constitue également l'un des grands sujets de réflexion du moment. Pour Anne Hiltpold, il ne s'agit plus d'un enjeu futur mais d'une réalité déjà bien installée dans les écoles.
«Nous formons les élèves, nous les préparons à l'esprit critique parce qu'il y a beaucoup d'opportunités avec l'intelligence artificielle, mais il y a aussi beaucoup de risques. Nous leur apprenons notamment à vérifier les sources, à comprendre le fonctionnement des algorithmes et à développer leur capacité d'analyse.»
La magistrate voit dans l'IA un outil prometteur, mais refuse d'y voir une alternative à l'apprentissage traditionnel. «Nous ne pourrons jamais nous passer de l'école. Nous ne pourrons jamais nous passer d'apprendre à lire, à écrire et à compter. Il y a une chose que l'intelligence artificielle ne fera pas pour vous: elle ne parlera pas à votre place. Il faut savoir s'exprimer, savoir travailler avec les autres, développer des compétences sociales.»
Une présidence sous le signe de la cohésion
Désormais à la tête du Conseil d'État, Anne Hiltpold sait que les prochains mois seront aussi marqués par des annonces de mesures d'économies.
Pour elle, la réussite de son année présidentielle ne se mesurera toutefois pas uniquement aux résultats obtenus, mais aussi à la capacité du gouvernement à préserver son unité.
«Nous n'avons pas les mêmes idées politiques, mais nous sommes unis. Et il faut que nous le restions, même dans des temps qui s'annoncent plus difficiles.»