«Cette initiative fragiliserait l’économie et les prestations à la population»
À l’approche de la votation du 14 juin sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», les gouvernements de Suisse occidentale affichent une opposition unanime. Trois conseillers d’État romands détaillent leurs inquiétudes.
À l’occasion d’une conférence de presse organisée à Meyrin, dans les locaux de l’entreprise pharmaceutique OM Pharma, la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) a affirmé son opposition à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions».
En marge de cette prise de position, nous avons interrogé trois membres d’exécutifs cantonaux romands : Christelle Luisier Brodard du canton de Vaud, Olivier Curty du canton de Fribourg et Nathalie Fontanet du canton de Genève. Ils détaillent les enjeux et les conséquences qu’ils anticipent pour la Suisse et pour leurs cantons.
Pourquoi cette initiative impacte davantage la Suisse romande ?
Christelle Luisier Brodard : Cette initiative impacte particulièrement les cantons qui connaissent un fort dynamisme économique, comme c’est le cas en Suisse romande. Dans le canton de Vaud, par exemple, la croissance de l’emploi a été plus importante que la moyenne suisse ces dix dernières années. Cela se traduit naturellement par des besoins accrus en main-d’œuvre.
La Suisse romande se caractérise également par la présence de hautes écoles et par un tissu académique dense. Dans ce contexte, cette initiative pourrait remettre en cause les accords bilatéraux, ainsi que les accords liés à la recherche.
Cela étant, l’ensemble des cantons suisses pourrait être touché, notamment en ce qui concerne le financement des prestations et la disponibilité du personnel pour les assurer. Dans un contexte de vieillissement de la population, les besoins en personnel sont déjà importants, en particulier dans le secteur de la santé.»
Vous avez évoqué un impact sur la prospérité économique. Qu’en est-il des finances publiques, et des conséquences pour la population?
Olivier Curty : Nous craignons d’abord un impact sur l’emploi. C’est le premier élément. Nous redoutons également des conséquences sur la fiscalité, qui permet de financer les prestations offertes à la population.
Une baisse de l’activité économique entraînerait aussi une diminution des investissements, notamment dans la formation, de la part des entreprises. Dans ce contexte, nous craignons des effets très négatifs pour la population.
Concrètement, qu’est-ce que cette initiative changerait pour les Genevois ?
Nathalie Fontanet : À terme, si les entreprises qui, aujourd’hui à Genève, ont besoin de main-d’œuvre très qualifiée ne parviennent plus à y accéder, elles pourraient être amenées à se délocaliser.
Une telle évolution aurait un impact direct sur les prestations offertes à la population, et ce de manière immédiate et très concrète. Dans le canton de Genève, par exemple, des mesures comme la gratuité des transports publics pour les moins de 25 ans ou encore le fonctionnement d’un hôpital cantonal universitaire impliquent des coûts importants. Ce sont des prestations qui reposent sur une économie solide.
Genève est un canton frontalier : est-ce que cette initiative pourrait, à terme, faire augmenter le nombre de travailleurs frontaliers ?
Nathalie Fontanet : Oui, car cette initiative limite le nombre de résidents en Suisse, sans pour autant réduire les besoins en main-d’œuvre. Dans ces conditions, si l’accès à une main-d’œuvre étrangère résidente devait être restreint, le recours aux travailleurs frontaliers augmenterait mécaniquement.