En Suisse, les seniors sont désormais plus nombreux que les jeunes
Pour la première fois de son histoire, la Suisse compte davantage de personnes de plus de 65 ans que de moins de 20 ans. Cette situation a des conséquences majeures pour les retraites et le système de santé.
En Suisse, les seniors sont désormais plus nombreux que les jeunes. La Suisse compte aujourd’hui 1'811'000 résidents de plus de 65 ans, contre 1'802'000 personnes de moins de 20 ans. Ces deux classes d’âges représentent chacune environ 20% de la population résidente permanente.
Ce basculement s’inscrit dans une tendance observée dans une grande partie de l’Europe: le vieillissement de la population. Mais il donne surtout une nouvelle urgence à plusieurs défis majeurs, du financement des retraites à la hausse des coûts de la santé, en passant par l’équilibre entre générations.
Les raisons du vieillissement de la population
Le vieillissement de la population s’explique d’abord par l’allongement de l’espérance de vie ces dernières décennies. Depuis la fin du XIXe siècle, celle-ci a même doublé, pour s’afficher aujourd’hui à près de 86 ans pour les femmes et 82,4 ans pour les hommes. Les progrès de la médecine et l’amélioration des conditions de vie ont contribué à cette progression continue.
A cette hausse de l’espérance de vie s’ajoute le facteur du recul durable du taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme). Pour assurer le renouvellement naturel de la population, il faudrait en moyenne 2,1 enfants par femme sur tout le territoire suisse. Or ce taux n’est plus que de 1,3 aujourd’hui, contre 3,7 au début du XXe siècle. La Suisse est ainsi passée sous le seuil de renouvellement au début des années 1970 et ne l’a plus retrouvé depuis. Par ailleurs, parmi les femmes résidentes, ce sont les étrangères qui affichent la fécondité la plus élevée, avec 1,5 enfant en moyenne contre 1,2 pour les Suissesses.
Pression sur l’assurance vieillesse et les coûts de la santé
Cette inversion de la pyramide des âges n’est pas sans conséquences pour les institutions helvétiques, à commencer par l’assurance-vieillesse (AVS). Ce système, fondé sur la solidarité entre les générations, est fragilisé aujourd’hui par la dégradation du rapport entre cotisants et bénéficiaires.
Il y a cinquante ans, la Suisse comptait un retraité pour cinq actifs. Ce ratio est aujourd’hui d’un pour trois et pourrait approcher un pour deux d’ici 2055, selon les projections de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Ce déséquilibre entre les dépenses et les recettes sera encore alourdit par le versement de la treizième rente, prévu en fin d’année. La Confédération anticipe ainsi, pour la première fois, un déficit de l’AVS dès cette année.
Le vieillissement pèse aussi sur le système de santé. Entre 2000 et 2024, les coûts ont augmenté de plus de 56% (corrigé de l’inflation) en Suisse. Cette tendance devrait continuer, puisque l’Observatoire suisse de la santé prévoit un accroissement substantiel du recours aux soins, en lien avec le vieillissement de la population. Les plus de 55 ans engendrent déjà la majorité des dépenses pour le secteur de la santé, et ces coûts augmentent donc mécaniquement avec l’augmentation de l’espérance de vie, se répercutant inévitablement sur les primes maladie, que les assurés voient grimper année après année, sans perspective d’accalmie.
Retraites, soins, finances publiques: le vieillissement de la population s’impose ainsi comme l’un des principaux défis structurels pour la Suisse. Il oblige aujourd’hui les autorités à repenser des systèmes conçus pour une réalité démographique qui n’existe plus.
Mais au-delà des équilibres financiers, c'est aussi la vitalité du pays qui est en jeu. Renouveler la population, c'est soutenir les piliers de la prévoyance sociale (AVS, assurance maladie, caisses de pension) tout autant que nourrir l'innovation et garantir aux entreprises suisses la relève dont elles ont besoin pour rester compétitives. Le défi démographique n'est pas qu'une question de chiffres : c'est une question d'avenir.