CFC à CEO: François Wolfisberg, l'apprentissage pour devenir son propre patron

À la tête de l'entreprise de boulangerie-pâtisserie Wolfisberg active depuis plus de 60 ans à Genève, François Wolfisberg défend une conviction forte: le CFC est une voie d’excellence encore sous-estimée, essentielle pour les entreprises et pour les jeunes talents.

Dans ce dernier épisode de la série CFC à CEO, François Wolfisberg, directeur de l’entreprise familiale éponyme, revient sur son parcours au sein de cette entreprise familiale de boulangerie-pâtisserie-chocolaterie implantée à Genève depuis plus de six décennies. Son histoire commence très tôt, dans un cadre peu ordinaire: un appartement situé directement au-dessus du fournil familial. Une enfance rythmée par une odeur bien précise, celle du pain qui sort du four.

Très vite au contact du métier, il choisit naturellement la voie de l’apprentissage plutôt que le parcours académique classique. Une décision guidée par la passion du travail manuel et l’envie de suivre les traces de son père, même si comme il le mentionne «il avait les notes pour aller au collège». 

Une formation qui ouvre des portes

Pour lui, le CFC n’a jamais été une voie «limitée». Au contraire:« La formation duale suisse est reconnue dans le monde entier et ouvre d’innombrables portes pour réaliser ses ambitions», explique-t-il. Elle permet surtout d’acquérir une vraie compréhension du terrain. «L’apprentissage a été très formateur: il m’a permis de comprendre à la fois le rôle d’un ouvrier, celui d’un directeur, ainsi que les défis du métier.» 

A ses débuts, il travaille notamment en tant que chef pâtissier dans plusieurs palaces suisses, avant de compléter sa formation par le brevet puis la maîtrise fédérale, et reprendre l'entreprise familiale. Ce passage par toutes les étapes du métier marque encore aujourd’hui sa manière de diriger et transmettre le savoir-faire à ses équipes. «Je travaille encore en production quelques heures par mois, la nuit notamment. Et pour moi ça a toujours été extrêmement important de montrer l'exemple.» 

Former des apprentis, un enjeu pour les entreprises

Aujourd’hui, Wolfisberg SA forme entre deux et trois apprentis par an en production. Une transmission qui tient à coeur à François Wolfisberg: «Un des grands avantages de former un apprenti c'est de pouvoir fidéliser des jeunes talents, sachant qu’aujourd’hui il est très difficile de recruter du personnel qualifié dans de nombreuses branches.»

«Former un apprenti permet de fidéliser des jeunes talents, sachant qu’aujourd’hui il est très difficile de recruter du personnel qualifié.»

Toutefois, il regrette que le nombre d’entreprises formatrices diminue, en particulier à Genève. Une tendance liée notamment à la disparition progressive des petites structures, mais aussi à une charge administrative et organisationnelle qui peut freiner certains employeurs. «L'OFPC a un travail conséquent à réaliser à ce niveau-là par le biais des faîtières économiques», souligne François Wolfisberg. Pour lui, cette dynamique fragilise directement la relève professionnelle.

Mieux orienter les jeunes dès l’école

Autre point central de son message: l’orientation. Selon lui, la voie de l’apprentissage reste insuffisamment valorisée durant la scolarité des élèves genevois. «En Suisse alémanique, deux jeunes sur trois font un apprentissage. On est très loin du compte à Genève.» Pour lui, ce déséquilibre ne s’explique pas uniquement par la structure économique du canton, mais aussi par la manière dont l’apprentissage est perçu socialement et présenté aux jeunes. «Les enseignants devraient davantage valoriser l’apprentissage au cycle d’orientation et mieux orienter les étudiants en échec en première année du collège.» L'objectif: éviter des parcours mal adaptés et des échecs précoces dans les filières gymnasiales.

Car les possibilités existent dans le secteur pour un jeune qui débute par un CFC: «Malgré toutes les difficultés qu'on peut rencontrer, on peut toujours se mettre à son compte. Il y a énormément de boulangeries-pâtisseries et confiseries qui sont à remettre et il n'y a pas assez de jeunes pour les reprendre.» 

Avec le recul, François Wolfisberg considère que le CFC a été une expérience déterminante pour construire sa carrière. L’apprentissage ne lui a pas seulement appris un métier, mais aussi une posture: comprendre les équipes, le rythme de la production, les contraintes et les exigences du terrain. «J'ai appris l'humilité aussi». Une base qu’il estime essentielle pour aboutir à devenir son propre patron. «Pour moi ça a vraiment été révélateur. Je ne peux qu’encourager les jeunes à suivre un apprentissage pour, peut-être un jour, se mettre à leur compte.»