CFC à CEO: le pari gagnant de Valérie Pierrehumbert
Valérie Pierrehumbert dirige aujourd’hui TA-DAAA Studio et forme la relève. Mais c’est par un CFC que tout a commencé. Dans CFC à CEO, elle revient sur son parcours prouvant que l’apprentissage est une véritable voie d'avenir, à condition d'oser et de ne jamais se décourager.
Valérie Pierrehumbert dirige aujourd’hui son propre studio de design graphique et d'interaction TA-DAAA Studio spécialisé dans la création d'identité visuelle, et enseigne à la relève. Pourtant, rien ne la destinait à cette trajectoire.
À l’adolescence, elle découvre presque par hasard le CFC en graphisme. Le déclic est immédiat. Le dessin, jusque-là perçu comme une passion, devient une perspective professionnelle. Malgré quelques hésitations familiales, elle choisit cette voie. Un choix qu’elle ne regrette pas. L’apprentissage marque un tournant. Plongée dans un environnement exigeant, elle développe rapidement discipline et autonomie. «Je pense que ça m’a fait grandir assez vite», confie-t-elle. Mais au-delà du rythme soutenu, c’est surtout la dimension concrète de la formation qui fait la différence. Le CFC lui apporte des compétences directement applicables, qu’elle réutilisera des années plus tard en créant son entreprise. «L’apprentissage, c’est une belle boîte à outils bien remplie pour pouvoir créer», résume-t-elle.
Un tremplin
Contrairement à certaines idées reçues, le CFC ne limite pas les perspectives. Valérie en est la preuve. Après son apprentissage, elle poursuit ses études avec un bachelor en communication visuelle puis un master en design, incluant une spécialisation en entrepreneuriat pour les designers et créatifs, avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. «Avec un CFC, exercer un métier, poursuivre une formation, ou se réorienter à la fin de l'apprentissage, tout est possible», insiste-t-elle. Une flexibilité qu’elle juge essentielle, notamment pour des jeunes qui doivent faire des choix très tôt.
C’est durant ses études qu’elle rencontre sa future associée. Ensemble, elles enchaînent les projets, sans oser franchir le pas immédiatement. «Pourquoi on ne saute pas le cap?», se demandent-elles finalement. Comme beaucoup de jeunes diplômées, elles sont freinées par un sentiment bien connu: le syndrome de l’imposteur.
Elles finissent pourtant par se lancer et cofondent leur studio de design à Genève, baptisé TA-DAAA Studio. Une décision qui marque le début de leur aventure entrepreneuriale. Valérie Pierrehumbert insiste d’ailleurs sur l’importance du terrain dans cette transition: «Une expérience en entreprise peut être que bénéfique pour se lancer dans l'entrepreneuriat.»
Une voie encore sous-estimée
À Genève, l’apprentissage reste minoritaire. Seuls 5% des jeunes terminant le cycle d'orientation décident d'entamer un apprentissage. Et dans certains secteurs comme le graphisme, les opportunités sont rares. «C’est inquiétant de voir si peu d’entreprises ouvertes à accueillir des apprentis en graphisme», souligne Valérie Pierrehumbert. Un paradoxe, alors que les candidatures affluent. Pour elle, le problème est aussi culturel: l’apprentissage souffre encore d’une image injustement dévalorisée, souvent perçu comme un plan B plutôt qu’un véritable choix.
L'importance de transmettre
En parallèle de son activité entrepreneuriale, Valérie Pierrehumbert enseigne à temps partiel au CFP Arts à Genève, là même où elle a effectué son CFC. Elle y forme des apprentis en graphisme et en interactive media design. Elle y partage notamment les coulisses du métier et insiste sur l’importance d’explorer, de tester, et de ne pas se limiter trop tôt. Son rôle dépasse la simple transmission de compétences techniques: il s’agit aussi d’accompagner les jeunes dans leurs choix et de leur donner confiance.
Car au fond, le message qu’elle cherche à faire passer est simple: il faut oser. «Osez, foncez, ne vous découragez pas. Et si on doute de vous, surtout pour les jeunes filles, prouvez le contraire, et faites-en une force», lance-t-elle.
Suivre une voie qui ne correspond pas toujours aux attentes, quitte à bifurquer plus tard, mais sans jamais renoncer: une philosophie qui résume, à elle seule, tout ce que l’apprentissage lui a permis de construire.