Les députés genevois sous la loupe

Au-delà des appartenances politiques, le parlement genevois est composé de personnalités aux horizons variés. Portrait d’une institution.

 

Les élus sont souvent identifiés à travers de leur couleur politique ou de leurs prises de positions. Pourtant, les profils des parlementaires genevois sont variés. Le Grand Conseil affiche ainsi une moyenne d’âge proche de 54 ans. Parmi les 100 députés, 3% ont moins de 30 ans, tandis que 25% ont l’âge de la retraite ou l’ont dépassé. 

Comparée à la structure démographique du canton de Genève, la catégorie des moins de 40 ans apparaît sous-représentée. Les 20-39 ans constituent en effet environ 28% de la population cantonale et près d’un quart des résidents suisses, mais seulement 18% des députés. A l’inverse, les catégories plus âgées sont davantage représentées au parlement : alors que les plus de 65 ans constituent environ 17% de la population résidente permanente, ils occupent près d’un quart des sièges du Grand Conseil. 

La composition du parlement se distingue également par une présence féminine encore réduite. Les femmes occupent aujourd’hui 33% des sièges du Grand Conseil, un chiffre proche de la moyenne des parlements cantonaux suisses, établie à 34,5%. L’évolution demeure toutefois marquante sur le long terme: lors de la première élection du parlement genevois en 1961, elles n’étaient que 8% à siéger dans l’hémicycle. 

Le principe de milice : la politique comme activité secondaire

La politique suisse présente plusieurs spécificités, certaines inscrites dans la Constitution, d’autres profondément ancrées dans la culture politique du pays. Le système de milice fait partie de ces principes historiques, même si son application évolue selon les niveaux institutionnels et les cantons. Le principe est simple : les élus continuent d’exercer une activité professionnelle principale, tandis que leur mandat électoral demeure une activité secondaire.

Cette logique tend toutefois à s’éroder, notamment au niveau fédéral, où de plus en plus d’élus exercent la politique à titre principal. Les parlements cantonaux et communaux restent néanmoins largement composés de miliciens, et Genève ne fait pas exception. Seule une minorité d’élus, environ 5% du parlement, peut aujourd’hui être considérée comme composée de politiciens professionnels. Ces derniers exercent par exemple dans des exécutifs communaux ou en tant que chefs de partis politiques.

Les métiers les plus représentés

Les députés qui déclarent exercer une activité professionnelle principale hors du champ politique représentent environ 80% du parlement. Le secteur public y est fortement représenté, avec près de 28% des élus qui y travaillent, tandis que le secteur privé reste majoritaire avec environ 58% des députés.

Dans le détail, le secteur secondaire est le moins représenté. Il ne compte que trois élus, tous actifs dans la construction, contre près de 14% des travailleurs genevois employés dans l’industrie. Le secteur primaire rassemble quant à lui six députés, issus notamment des métiers de paysan, maraîcher ou vigneron. Une proportion nettement supérieure à celle observée dans le canton, où seuls 0,4% des actifs travaillent dans ces domaines.

Sans surprise, le secteur tertiaire domine largement. Environ 80% des députés exercent (ou ont exercé avant leur retraite) une activité dans les services, un chiffre proche des 85% observés à Genève. Les professions libérales y sont particulièrement présentes, notamment les métiers du droit et de la santé, qui regroupent à eux seuls près d’un quart des élus.

Le reste du parlement est composé de retraités (10), d’étudiants (2) ainsi que personnes sans emploi ou n’ayant pas indiqué leur activité professionnelle principale.

Un système historique, mais au futur incertain

Le système de milice demeure une composante fondamentale du modèle politique helvétique, même si son application tend à reculer, en particulier au niveau fédéral. À Genève, les élus restent majoritairement des miliciens et exercent leur mandat à titre secondaire. Le temps consacré à l’activité politique semble toutefois augmenter progressivement.

Selon une étude publiée en 2019 par Eberli et ses coauteurs sur la professionnalisation des parlements cantonaux, le Grand Conseil genevois est celui où les députés déclarent consacrer le plus de temps à leur mandat politique. L’avenir du principe de milice apparaît ainsi plus incertain, dans un contexte où la professionnalisation de la politique progresse progressivement à Genève comme dans le reste de la Suisse.