Le Conseil d'État prépare un plan d'économies pouvant atteindre 533 millions de francs d'ici à 2029. Dette, dépenses publiques, effectifs de l'administration: plusieurs indicateurs montrent que Genève se distingue du reste de la Suisse. Explications.
Le Conseil d'État commence à faire le tri parmi les mesures d'économies
Le Conseil d'État a dévoilé ses premiers arbitrages dans le cadre du plan d'économies élaboré à la suite du rapport Zuin. Sur les 58 mesures proposées par les experts, 17 ont déjà été abandonnées, tandis que le reste du catalogue de mesures est encore à l'étude.
Le Conseil d'État a présenté ce mercredi devant la presse les premières décisions liées au vaste plan d'économies élaboré à la suite du rapport remis au printemps par un groupe d'experts mandaté par le canton. Pour rappel, ce groupe de travail piloté par l'ancien magistrat de la Cour des comptes Stanislas Zuin avait identifié 58 pistes d'économies susceptibles de générer jusqu'à 533 millions de francs à l'horizon 2029. Le gouvernement a désormais commencé à faire le tri parmi ces propositions.
Dix-sept mesures écartées
Dans l'immédiat, l'exécutif a choisi de communiquer sur les mesures qu'il ne compte pas retenir. Au total, 17 propositions ont été écartées. Parmi elles figure notamment l'idée de réduire le Conseil d'État de sept à cinq membres et de réorganiser les départements en conséquence. Le gouvernement renonce également à supprimer la prise en charge des abonnements TPG pour les jeunes et les retraités.
«Nous avons examiné si la mesure était réalisable, si l'économie en valait la chandelle, si elle était politiquement défendable et quel serait son effet sur la qualité des prestations délivrées»
Autre mesure abandonnée: l'augmentation du temps de travail hebdomadaire des employés de l'État, une proposition qui figurait parmi les pistes évoquées pour améliorer l'efficience de l'administration. Le Conseil d'État ne souhaite pas non plus réduire le délai de protection salariale en cas de maladie, ni diminuer le prix de pension dans les EMS. Il renonce également à augmenter à 10% la part des chambres à deux lits dans les établissements médico-sociaux.
Pour justifier ces arbitrages, la conseillère d'État chargée des finances, Nathalie Fontanet, explique que le gouvernement s'est appuyé sur quatre critères: la faisabilité des mesures, leur impact financier, leur acceptabilité politique et leurs conséquences sur la qualité des prestations publiques. «Nous avons examiné si la mesure était réalisable, si l'économie en valait la chandelle, si elle était politiquement défendable et quel serait son effet sur la qualité des prestations délivrées», résume la magistrate.
C'est notamment sur cette base que le Conseil d'État a refusé de revenir sur certaines décisions récentes. Nathalie Fontanet cite l'exemple de la gratuité des TPG pour les moins de 25 ans et de la semi-gratuité pour les retraités. «Nous avons estimé qu'il n'était pas envisageable de revenir sur quelque chose que nous venions de mettre en œuvre», explique-t-elle. Même raisonnement concernant l'indexation de la taxe personnelle au coût de la vie. «On ne pouvait pas, après avoir baissé les impôts pour l'ensemble de la population qui paie l'impôt sur le revenu, venir augmenter une taxe qui touche finalement les personnes aux revenus les plus modestes», estime la conseillère d'État.
Des propositions touchant les HUG et l'administration
Plusieurs mesures concernant les institutions publiques et certaines prestations cantonales passent également à la trappe. Le gouvernement abandonne notamment plusieurs pistes concernant les Hôpitaux universitaires de Genève. Parmi elles figurent la suppression de la garantie de déficit des HUG, une mise en conformité LAMal des investissements hospitaliers ou encore un recentrage de la mission de soins de l'institution. D'autres propositions, comme la révision du plan directeur de l'employabilité ou le transfert de l'exécution des projets de tramways aux TPG, ne seront pas poursuivies.
Le Conseil d'État a toutefois insisté sur le fait que ces annonces ne constituent qu'une première étape. Selon Nathalie Fontanet, le Conseil d'État espérait initialement pouvoir présenter l'ensemble de ses arbitrages avant l'été. Mais le travail d'analyse est encore en cours. «Nous nous sommes rendu compte que nous avions encore un très grand travail à faire, notamment sur la façon dont nous allions mettre en œuvre ces mesures», explique-t-elle.
«Aujourd'hui, nous estimons toujours que ce sont 500 millions qui sont nécessaires»
La magistrate estime qu'annoncer dès maintenant les mesures retenues sans être en mesure d'en détailler les modalités aurait soulevé davantage de questions que de réponses. L'exécutif poursuit donc son analyse du catalogue de propositions élaboré par les experts. Les arbitrages définitifs ainsi que le détail des mesures retenues seront présentés dans le cadre du projet de budget 2027 et du prochain plan financier quadriennal prévu le 17 septembre.
Les 500 millions restent l'objectif
À ce stade, le Conseil d'État ne communique pas encore sur le volume d'économies qui découlera des mesures finalement retenues. Une chose est toutefois claire: le gouvernement continue de considérer qu'un effort de l'ordre de 500 millions de francs reste nécessaire. «Aujourd'hui, nous estimons toujours que ce sont 500 millions qui sont nécessaires», affirme Nathalie Fontanet.
La conseillère d'État reconnaît toutefois que les mesures qui seront finalement retenues ne permettront probablement pas, à elles seules, d'atteindre cet objectif. «Nous ne sommes pas du tout persuadés que nous arriverons à ces 500 millions sur la base des mesures que nous accepterons», admet-elle.
L'exécutif n'exclut donc pas de devoir identifier d'autres pistes d'économies au cours des prochains mois. «Nous allons vraisemblablement devoir aller chercher aussi d'autres pistes pour arriver à retrouver un équilibre à la fin du plan financier quadriennal», prévient la magistrate. Rendez-vous donc le 17 septembre 2026 pour la présentation des mesures retenues.