CFC à CEO : Grégory Décaillet, de l’apprentissage à la direction de Migros Genève

Grégory Décaillet n'a pas suivi le chemin classique des études supérieures. Il raconte comment un apprentissage dans le commerce de détail l’a conduit jusqu’à des fonctions stratégiques à Migros Genève.

Certaines carrières se construisent davantage sur le terrain que sur les bancs de l’école. C’est le cas de Grégory Décaillet, directeur de Migros Genève. Pour lui, l’apprentissage n’a pas été seulement une étape : il a servi de tremplin vers une carrière de plus de vingt ans, entre responsabilités opérationnelles et fonctions stratégiques. Invité du podcast "CFC à CEO", il revient sur son chemin atypique et explique pourquoi le CFC reste une passerelle solide vers des responsabilités importantes.

Un stage décisif

Adolescent, Grégory Décaillet, pensait d'abord à une carrière lié aux camions, mais un stage dans un magasin Manor lui a fait découvrir le commerce de détail. « Cette semaine de stage m’a confirmé que j’étais à ma place », se souvient-il. Il choisit donc naturellement un apprentissage de gestionnaire de vente. Grégory Décaillet y découvre l’autonomie et la responsabilité. Il côtoie des collègues et clients, apprend à gérer des situations complexes et à adopter les règles du monde professionnel. Ce contact direct avec la réalité du travail, estime-t-il, est un accélérateur de maturité incomparable à ce que l’école seule pourrait offrir. 

Du terrain à la stratégie

Après plusieurs années sur le terrain, Grégory Décailet rejoint le siège à Bâle, où il supervise différents univers non alimentaires et développe l’activité internationale, notamment en Asie. Cette expérience lui donne une double lecture : « J’ai une lecture de dirigeant, de stratégie, d’orientation tactique, voire politique, mais en permanence j’ai aussi une lecture depuis le bas vers le haut. Après 17 ans sur le terrain, je sais presque intuitivement ce que les décisions ou événements peuvent déclencher sur les collaborateurs, les clients ou le fonctionnement d’un magasin », explique-t-il. Selon lui, cette perspective influence directement son management : « On peut manager différemment quand on a fait un apprentissage. Ce n’est pas forcément mieux, mais c’est différent, parce qu’on a une relation très forte avec le terrain. »

Revaloriser l'apprentissage

Chez Migros Genève, deuxième employeur du canton avec près de 3 000 collaborateurs, la formation des apprentis est au cœur des priorités de l’entreprise, dans des métiers aussi variés que le commerce, la logistique, la boucherie ou la communication. Pour son directeur, l’objectif dépasse la simple transmission de compétences : il s’agit aussi d’accompagner les jeunes dans leur développement personnel. « Former des apprentis, c’est assurer la relève de demain », explique-t-il.

Face au fait que l’apprentissage n’est pas toujours choisi comme suite logique après l’école, Grégory Décaillet insiste sur l’importance de revaloriser cette voie. « Il y avait longtemps l’idée qu’il fallait absolument poursuivre des études pour réussir dans la vie », explique-t-il. Selon lui, cette perception évolue : de plus en plus, on montre que l’apprentissage a toute sa valeur, qu’il ouvre de réelles perspectives de carrière et peut même apporter un équilibre important pendant l’adolescence. « L’apprentissage ne ferme aucune porte : on peut toujours compléter son parcours. Tout est possible en Suisse lorsqu’on sort d’un apprentissage », souligne-t-il.

Grégory Décaillet estime également qu’il serait bénéfique de mieux connecter les différentes structures  (école, politique et employeurs) pour guider les jeunes tout au long de leur parcours. Selon lui, « aujourd’hui, le candidat doit encore parfois lui-même relier les étapes. Cela pourrait aider les jeunes à mieux répondre à leurs doutes et à se sentir moins seuls dans leurs choix ».

Pour ceux qui hésitent encore à se lancer, son conseil est simple : avoir une conviction et ne pas rester dans le doute. « Il ne faut pas hésiter, il faut être convaincu dans son choix, que ce soit pour un apprentissage ou un parcours académique », explique-t-il. Il souligne l’importance de se faire accompagner si nécessaire, par des orienteurs professionnels capables de poser les bonnes questions et d’aider à clarifier ses motivations.

Aujourd’hui, Grégory Décaillet ne regrette rien de son parcours. Chaque étape, selon lui, l’a préparé aux responsabilités qu’il occupe aujourd’hui et lui a permis de se dépasser. Son témoignage illustre que l’apprentissage peut constituer une base solide pour une carrière variée et peut ouvrir des perspectives inattendues.