CFC à CEO: Frédéric Plojoux, l’apprentissage comme rampe de lancement

Peut-on bâtir une carrière internationale et diriger une entreprise genevoise sans suivre un parcours académique classique ? Pour Frédéric Plojoux, administrateur de Jérome SA, la réponse est sans équivoque : oui. À condition d’oser l’apprentissage et d’en faire un levier.


Invité du podcast CFC à CEO, Frédéric Plojoux nous livre un témoignage sur son parcours atypique, avec une conviction profonde : le Certificat fédéral de capacité (CFC) peut ouvrir bien plus de portes qu’on ne l’imagine.

Un choix devenu fondateur

Se décrivant lui-même «élève turbulant», Frédéric Plojoux n’entre pas en apprentissage par vocation, mais presque par ultimatum. Son père lui laisse 48 heures pour trouver une place et «entrer dans le monde réel ». Ce sera un CFC d’employé de commerce, dans une agence de voyage. Sur le moment, cette voie est vécue comme une rupture avec le parcours scolaire dominant, dans une Genève qu’il décrit comme élitiste et très orientée vers les études académiques.

Avec le recul, il y voit pourtant une étape déterminante : « le CFC a été ma rampe de lancement sur le marché du travail ». Confronté très tôt aux réalités du travail (responsabilités, horaires, rigueur), il acquiert des compétences concrètes et surtout une maturité qu’il n’avait pas trouvée sur les bancs de l’école.

Après son CFC, Frédéric Plojoux enchaîne les expériences : Credit Suisse, où il évolue vers les opérations de change, l’armée, puis un départ aux États-Unis à Wall Street. La crise le ramène à Genève, où un retour au terrain agit comme un électrochoc et l’amène à reprendre des études universitaires à Boston.

Mais là encore, il insiste : sans l’apprentissage, rien de tout cela n’aurait été possible. Le CFC lui a donné une base, une discipline et une compréhension du terrain que ni les études ni les théories ne remplacent.

Changer le regard sur l’apprentissage

De retour à Genève, il rejoint l’entreprise familiale Jérome SA, entreprise spécialisée dans les matériaux de construction, non sans conditions : entretien avec les associés, passage par le dépôt, manutention, apprentissage du métier à la base. Dix-sept ans plus tard, il dirige une entreprise d’une quarantaine de collaborateurs et forme lui-même des apprentis, convaincu que la relève passe par là. Former demande du temps, de l’énergie et une organisation interne solide, reconnaît-il. Mais l’enjeu est crucial : pénurie de main-d’œuvre, intégration de jeunes en difficulté ou issus de l’immigration, transmission des savoir-faire.

Frédéric Plojoux plaide pour un changement culturel à Genève. Selon lui, l’apprentissage reste trop souvent perçu comme une voie par défaut, alors qu’il constitue une formation complète, reconnue, et évolutive. « La voie choisie dans un apprentissage n’est pas une finalité : on peut évoluer, changer, et s’orienter ensuite vers autre chose», explique-t-il. À l’heure de l’intelligence artificielle et des mutations du marché du travail, il se dit confiant : les métiers manuels, les compétences de terrain et la capacité à s’adapter resteront essentielles.

À la fin de l’entretien, un mot s’impose pour qualifier l’apprentissage. Un seul. Sans hésiter : opportunité.