Insécurité: un risque pour l'attractivité de Genève?

Genève doit-elle craindre pour son image de lieu sûr ? Entre vols, home-jackings et cyberattaques, la question de la sécurité revient avec insistance, tant pour les habitants que pour les entreprises. Éclairage avec Edouard Cuendet, directeur de la Fondation Genève Place Financière, et Maximilien Turrettini, conseiller administratif de Vandœuvres.

Vols de montres, home-jackings ou escroqueries en ligne: ces dernières années, plusieurs faits ont ravivé les débats autour de la sécurité à Genève. Si la Suisse reste l’un des pays les plus sûrs au monde, la question n’en demeure pas moins sensible dans un canton où la qualité de vie et la stabilité sont des éléments clés de l’attractivité. 

Une préoccupation croissante chez les habitants

Sur le terrain, la sécurité s’est progressivement imposée comme un sujet de discussion récurrent avec la population. À Vandœuvres, le conseiller administratif Maximilien Turrettini observe une attention accrue à ces questions ces trois dernières années.

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette évolution: certains faits divers marquants, mais aussi la circulation rapide d’informations sur les réseaux sociaux et dans les groupes de voisinage. «Des contribuables nous ont fait part de leurs inquiétudes : ils se disent mobiles et prêts à quitter le canton si la situation l’exige», explique-t-il. 

Cette mobilité potentielle constitue un enjeu important, notamment pour les finances locales. Pour y répondre, Vandœuvres travaille notamment sur un projet de vidéosurveillance. Une vingtaine de caméras pourraient être installées sur les routes communales afin d’aider les forces de l’ordre à élucider certaines affaires. «L’expérience des communes voisines montre que la vidéosurveillance peut aider à résoudre des affaires et à diminuer le nombre de cambriolages», indique Maximilien Turrettini.

La commune mise aussi sur la prévention, en particulier face aux escroqueries en ligne. «Lors de nos sorties avec les aînés, nous informons sur les risques et les comportements à adopter», précise l’élu.

Face à la hausse des home-jackings, une motion a été déposée en août 2025 au Grand Conseil pour renforcer la sécurité à Genève. Elle demande un renforcement policier, plus de collaboration transfrontalière, la lecture automatisée des plaques de véhicules signalés et le déploiement de vidéosurveillance.

Selon Maxmilien Turrettini, cette motion s’inscrit dans une logique d’actions concrètes, et a été bien accueillie par les acteurs économiques. Edouard Cuendet souligne que le home-jacking a créé beaucoup d’émoi dans le monde économique, et que le renforcement du dispositif policier est essentiel pour protéger les victimes et préserver la confiance.

Un enjeu stratégique pour l’économie

Le directeur de la Fondation Genève Place Financière rappelle que la sécurité est au cœur de la confiance, pierre angulaire de la place financière genevoise. «La place financière a basé son succès sur la confiance, et la sécurité fait partie de ce concept», souligne-t-il.

La menace ne se limite pas aux vols : la cybersécurité est devenue un enjeu stratégique. Les institutions financières investissent massivement dans les technologies et la formation des collaborateurs, car «les cyberattaques entrent souvent dans les entreprises à travers eux». L'association suisse Swiss Financial Sector Cyber Security (SFSCS), créée en 2022, réunit secteurs public et privé pour mutualiser moyens et informations face aux menaces numériques.

Pour Edouard Cuendet, Genève doit rester un territoire sûr pour attirer et retenir les talents, ainsi que pour sécuriser les investissements étrangers.

Pour les deux intervenants le constat est clair : la sécurité est un atout stratégique pour le canton. Qu’il s’agisse de protéger les habitants ou de préserver la confiance des acteurs économiques, Genève doit continuer à investir dans des mesures concrètes et coordonner ses efforts pour rester un lieu sûr et attractif.