Dans quel état se trouvent les finances publiques genevoises?
Malgré des excédents budgétaires record ces dernières années, le canton reste le plus endetté de Suisse. Avant la publication des comptes 2025, retour sur les principales caractéristiques des finances genevoises.
Ces dernières années, Genève a affiché des résultats budgétaires particulièrement favorables. Les comptes du canton ont enregistré des excédents importants, souvent supérieurs aux prévisions. De quoi donner l’image de finances publiques solides.
La réalité est toutefois plus contrastée, car malgré ces bons résultats récents, Genève reste le canton le plus endetté de Suisse. Au 31 décembre 2024, la dette cantonale atteignait 10,4 milliards de francs. Rapportée à la population, elle est deux fois plus élevée qu’à Bâle-Ville et près de quatre fois plus élevée que dans le canton de Vaud. Rapportée au produit intérieur brut, elle représente 36,5%, soit plus du double de la moyenne des cantons suisses (15,9%).
Cette situation ne s’explique pourtant pas par un manque de ressources fiscales. Bien au contraire.
Genève se distingue par des recettes fiscales par habitant particulièrement élevées. Le canton perçoit davantage d’impôts par habitant que la plupart des autres cantons suisses. Cette capacité fiscale s’explique notamment par la vitalité de l’économie genevoise, la présence d’entreprises internationales, un niveau de revenus globalement élevé. La fiscalité y est également plus lourde qu’ailleurs: Genève figure parmi les cantons les plus imposés de Suisse, avec des taux supérieurs à la moyenne nationale.
Des dépenses nettement plus élevées
Si les recettes sont élevées, les dépenses le sont aussi. En comparaison intercantonale, Genève dépense nettement plus que la moyenne des cantons.
Rapportées à la population, les dépenses publiques atteignent 26'342 francs par habitant. À titre de comparaison, elles s’élèvent à 18'138 francs dans le canton de Vaud et à 17'863 francs dans celui de Zurich.
Une partie de ces dépenses concerne des domaines essentiels de l’action publique, comme la formation, la sécurité sociale ou la santé. Mais la structure de l’État joue également un rôle.
Genève compte 59,8 équivalents plein temps dans la fonction publique pour 1'000 habitants. Seul Bâle-Ville affiche un ratio plus élevé. Les conditions salariales y sont également plus favorables: le salaire médian des fonctionnaires atteint 9'213 francs par mois, contre 6'100 francs à Zurich.
À ces dépenses s’ajoute la contribution à la péréquation financière intercantonale. Ce mécanisme de solidarité permet de soutenir les cantons disposant de ressources fiscales plus faibles.
En 2026, Genève est le premier contributeur du pays. Sa contribution atteint 543 millions de francs.
Une question de trajectoire
Au final, le portrait des finances genevoises apparaît contrasté. Le canton dispose d’une forte capacité à lever l’impôt et a enregistré des excédents importants ces dernières années. Mais il se caractérise aussi par un niveau de dépenses élevé et par la dette la plus importante de Suisse.
Or l’endettement n’est pas seulement une donnée comptable. Plus il est élevé, plus la pression fiscale peut augmenter à terme. Il pèse également sur la confiance: entreprises et investisseurs ont besoin d’un cadre stable et prévisible. Enfin, il limite la marge de manœuvre de l’État, qui dispose de moins de moyens pour investir dans des politiques publiques comme la formation, la mobilité ou la durabilité.
À quelques jours de la publication des comptes 2025, prévue le 26 mars, la question n’est donc pas seulement de savoir si les comptes resteront excédentaires.
La véritable interrogation porte sur la trajectoire des finances publiques genevoises. Car pour rester compétitif, un canton doit aussi pouvoir s’appuyer sur des finances publiques solides.