CFC à CEO: Maxime Droux, l’apprentissage comme «renaissance»
De l’apprentissage à la tech, l’entrepreneur Maxime Droux raconte comment un CFC a lancé sa carrière. Dans cet épisode, le co-fondateur de Talent.com défend une voie de formation encore trop souvent dévalorisée.
Il a cofondé Talent.com et investit aujourd’hui dans des start-up technologiques depuis Genève. Pour Maxime Droux, pourtant, le moment décisif de sa trajectoire remonte bien avant l’entrepreneuriat. À 15 ans, alors qu’il est inscrit au collège, il comprend rapidement que cette voie ne lui correspond pas. Un soir, à table, il annonce à ses parents qu’il veut arrêter. La réaction est positive. Son père est lui-même passé par l’apprentissage. «Ils étaient même très fiers», se souvient-il. Il commence sa carrière comme apprenti à l’UBS. «Choisir l’apprentissage reste l’une des meilleures décisions de ma vie», affirme-t-il.
De l’apprentissage à l'entrepreneuriat
Lui qui se décrit comme un élève moyen découvre alors un cadre dans lequel il se révèle. «C’était la première fois que j’étais bon à quelque chose.» L’apprentissage lui offre surtout une immersion précoce dans le monde professionnel. À 15 ans, il travaille avec des adultes, rencontre des clients et évolue dans des environnements variés. «En apprentissage, on change de département tous les trois à six mois. On apprend à s’adapter en permanence. C’est une expérience très proche de celle d’un entrepreneur.»
Après un passage à Londres puis des études à Madrid, Maxime Droux part à Montréal. En 2011, il y co-fonde Talent.com (ex-Neuvoo). La plateforme regroupe des offres d’emploi publiées sur internet, qu’elles proviennent de sites d’entreprises, de cabinets de recrutement ou d’autres portails. Aujourd’hui, l’entrepreneur a aussi rejoint Climb Ventures, une société genevoise de capital-risque, en tant qu’associé.
Son parcours international lui a également permis de mesurer la singularité du système suisse de formation. «À l’étranger, quand on explique le système suisse, ils sont ébahis et ils le trouvent absolument extraordinaire.» Dans de nombreux pays, une formation professionnelle structurée, avec autant de passerelles, n’existe pas.
L'apprentissage à une carte à jouer à l’ère de l’IA
À Genève, pourtant, l’apprentissage reste moins répandu que dans le reste du pays. Pour Maxime Droux, il s’agit avant tout d’un problème de perception, notamment du côté des parents. Dans un canton très international, beaucoup de familles viennent de systèmes éducatifs où la formation duale n’existe pas ou est associée à une voie de second rang. «On doit se battre contre la perception que l’apprentissage serait moins qualifié que la voie universitaire.»
Selon lui, il ne s’agit pourtant pas d’opposer apprentissage et université. Les deux voies sont complémentaires, rappelle-t-il, en soulignant les nombreuses passerelles possibles après un CFC. Cette vision hiérarchisée peut aussi influencer le recrutement. «Le danger, avec l’inflation des diplômes, c’est de passer à côté de profils non scolaires mais ultra motivés», avertit-il.
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme l’accès à l’information, la simple capacité à mémoriser perd de son importance, estime-t-il. Les compétences humaines, comme l’adaptabilité, l’intelligence relationnelle ou la compréhension des dynamiques sociales, prennent davantage de valeur. «Avec l’IA et l’évolution actuelle, l’apprentissage a une véritable carte à jouer pour être encore plus valorisé.»
Quand on lui demande de résumer cette voie en un mot, Maxime Droux répond sans hésiter. «Renaissance.» Une manière d’évoquer le déclic qu’a représenté cette voie dans son parcours.