«L’économie genevoise nous demande davantage de vols directs long-courriers»

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À la tête de Genève Aéroport depuis près d’un an, Jean-François de Saussure entend améliorer la desserte internationale, un enjeu pour l’attractivité de la région. Il doit aussi relever le défi d’un terminal vieillissant.

Près de 18 millions de passagers ont transité en 2025 par Genève Aéroport. Pour son directeur, Jean-François de Saussure, l’infrastructure assure ses missions, mais montre ses limites lorsqu’il s’agit d’accueillir les voyageurs. «Là où il y a un risque de décrochage, c’est dans l’expérience passagers», estime-t-il dans un entretien accordé à notre podcast.

La comparaison avec Zurich est, à ses yeux, révélatrice. Genève soutient la concurrence sur le plan opérationnel, affirme le directeur. Mais «l’expérience du voyageur est plus agréable à Zurich aujourd’hui qu’elle ne l’est à Genève». Il cite le manque de place aux guichets d’enregistrement, au contrôle de sûreté et dans les espaces où les passagers attendent leur vol.

Ces contraintes freinent aussi l’installation de nouveaux équipements. Les scanners de dernière génération, qui permettent notamment de laisser son ordinateur dans son bagage, prennent davantage de place que les machines actuelles. Or les installations existantes ne permettent pas de les déployer partout.

Pour lui, l’expérience ne s’arrête pas à la sortie du terminal. Il invite à comparer le trajet entre l’aéroport, la gare et le lac à Genève et à Zurich. On a un retard en termes d’infrastructures très marqué à Genève», affirme-t-il. Ce retard compte, selon lui, pour les touristes comme pour les entreprises qui envisagent de s’installer dans la région ou d’y rester.

Des plaintes pour les contrôles aux frontières

Un autre point de friction concerne les passagers arrivant de pays hors de l’espace Schengen. Lors de leur première entrée, l’enregistrement des données, notamment biométriques, peut prendre plusieurs minutes par personne. Les espaces d’accueil et les postes de contrôle de Genève Aéroport n’ont pas été dimensionnés pour absorber ces formalités dans de bonnes conditions, selon Jean-François de Saussure.

«On a des plaintes des secteurs économiques, des plaintes des secteurs diplomatiques également par rapport à la lenteur de ces contrôles», rapporte-t-il. Le directeur dit avoir lancé «un appel à Berne» pour que la mise en place du système reste suffisamment souple. Il souhaite que la Suisse n’applique pas des critères plus sévères que ses voisins européens. Au-delà du désagrément pour les voyageurs, il y voit un enjeu pour la compétitivité de la place genevoise.

Un terminal rénové à l’horizon 2036–2038

La réponse de long terme passe par le projet CAP 2030, qui prévoit 2,7 milliards de francs d’investissements sur une quinzaine d’années. Une première étape doit améliorer l’accès à l’aéroport grâce à une plateforme multimodale dont la mise en service est envisagée pour 2033. L’adaptation du terminal principal, avec une extension sur les parkings situés devant le bâtiment, suivrait entre 2036 et 2038.

Le calendrier reste toutefois entravé par un recours, le sixième selon le directeur. Celui-ci empêche pour l’heure l’adjudication d’appels d’offres finalisés en 2023. Genève Aéroport espère pouvoir commencer les études début 2027.

Agrandir le terminal ne signifie pas, assure Jean-François de Saussure, multiplier les vols. L’aéroport table sur 18,7 millions de passagers en 2030, un chiffre présenté comme une hypothèse de planification. «Notre objectif n’est pas d’augmenter le nombre de vols à Genève Aéroport», insiste-t-il. Sa stratégie consiste à renforcer les liaisons jugées utiles avec des avions mieux remplis.

Singapour et São Paulo dans le viseur

L’aéroport cherche notamment à obtenir des vols directs vers Singapour et São Paulo. Les entreprises de la région demandent davantage de connexions avec l’Asie et l’Amérique du Sud, explique son directeur. Pour convaincre les compagnies, Genève Aéroport constitue des dossiers appuyés par les milieux économiques et touristiques. La décision finale appartient toutefois aux transporteurs.

Jean-François de Saussure refuse de présenter l’absence d’une liaison comme une cause immédiate de départ pour une entreprise. Une connectivité qui se dégraderait pourrait, en revanche, contribuer progressivement à rendre Genève moins attractive, estime-t-il.

Début septembre, une étude commandée par l’aéroport a chiffré son poids économique: ses activités soutiendraient près de 22’000 emplois en équivalent plein temps et généreraient 3,3 milliards de francs de valeur ajoutée dans la région, dont environ 2 milliards pour le canton de Genève. Cette étude ne chiffre toutefois pas les nuisances liées à l’activité aéroportuaire.

Réduire les nuisances pour les riverains

Le directeur dit vouloir agir sur les effets négatifs, en particulier le bruit des vols nocturnes. Selon lui, le système de quotas a permis de réduire de 50% le nombre de décollages après 22 heures sur les années 2024 et 2025. L’aéroport étudie désormais des mesures pour les atterrissages tardifs, une tâche plus complexe en raison des retards que les avions peuvent accumuler au fil de la journée.

Sur le climat, Genève Aéroport vise le zéro émission nette en 2037 pour les activités qu’il maîtrise directement, notamment celles de ses installations. Cet objectif ne couvre pas les émissions des vols. Le directeur dit aussi vouloir encourager l’utilisation de carburants d’aviation durables par les compagnies.

Pour Jean-François de Saussure, la modernisation du terminal et le maintien de la desserte internationale devront ainsi aller de pair avec une réduction des nuisances. C’est à cette condition, estime-t-il, que l’aéroport pourra «regagner la confiance» des habitants qui s’opposent à son développement.

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