«Certaines évolutions sont plus préoccupantes, notamment les violences domestiques»

Malgré une baisse globale des infractions, les autorités genevoises appellent à la prudence. Entretien avec la commandante de la police, Monica Bonfanti, et la conseillère d’État Carole-Anne Kast.

Le nombre d’infractions a baissé en 2025 à Genève, mais reste à un niveau élevé. Est-ce vraiment une amélioration ou un léger recul après un pic?

Monica Bonfanti: La situation est en diminution par rapport à 2024. Sur l’ensemble des infractions au Code pénal, la baisse atteint 4%, ce qui est effectivement positif. Une tendance que l’on retrouve également au niveau suisse, mais dans une moindre mesure. Il convient toutefois de rester prudent. Les comparaisons avec des périodes plus anciennes sont délicates, dans la mesure où le contexte a fortement évolué. La baisse des vols sur la voie publique, de l’ordre de 13%, constitue un élément particulièrement réjouissant. Il s’agit d’infractions très visibles, souvent saisonnières, qui touchent notamment les touristes et ont un impact direct sur l’image du canton. En parallèle, certaines évolutions apparaissent plus préoccupantes, notamment en matière de violences domestiques. Le seuil des 2’000 infractions est franchi dans cette catégorie. En 2025, deux meurtres et huit tentatives d’homicide y sont recensés.

 

Les cambriolages repartent aussi à la hausse. Comment l’expliquez-vous?

Monica Bonfanti: L’augmentation concerne principalement les caves ainsi que certains chantiers. À l’inverse, les cambriolages dans les villas sont en diminution. Les propriétaires ont, avec le temps, renforcé leurs dispositifs de sécurité. Il s’agit donc d’une adaptation, à la fois du côté des auteurs et des victimes.

Les home-jackings atteignent un niveau inédit. La police genevoise est-elle équipée pour y faire face?

Monica Bonfanti: Le nombre de cas passe de 15 en 2024 à 18 en 2025. L’enjeu principal réside dans le travail de la police judiciaire, qui vise à identifier les auteurs et à mieux comprendre les réseaux impliqués. La collaboration avec les autorités françaises est, à cet égard, essentielle et fonctionne de manière très satisfaisante. La criminalité évolue également dans ce domaine. Là où des bandes organisées opéraient auparavant, des groupes plus flexibles agissent désormais en fonction des opportunités. Cette évolution rend le phénomène plus difficile à anticiper. Les moyens nécessaires sont engagés afin de lutter contre ces formes de criminalité.

 

Une interdiction de manifester ne peut pas être décidée aujourd’hui. Elle dépend de circonstances que nous ne sommes pas encore en mesure d’évaluer, notamment du niveau de menace qui pèsera sur le sommet et ses alentours.

 

À moins de trois mois du G7, les milieux économiques demandent d’interdire de manifester à Genève. Vous comprenez leur inquiétude?

Carole-Anne Kast: Je la comprends parfaitement. Pour celles et ceux qui ont vécu les événements de 2003, elle est légitime et largement partagée. Cela étant, une interdiction ne peut être décidée à ce stade. Elle dépend de circonstances qui ne peuvent pas encore être pleinement évaluées, notamment le niveau de menace autour du sommet et de ses alentours. Dans ces conditions, il n’est pas possible, à ce jour, de prendre une décision ferme et définitive.

Vous avez évoqué un projet de loi sur les bodycams et dashcams. De quoi s’agit-il?

Carole-Anne Kast: Les caméras-piétons constituent un outil susceptible de contribuer à la désescalade dans les interactions avec les citoyens. Elles représentent également un moyen de preuve. Un projet de loi est en préparation afin de doter la captation audiovisuelle d’une base légale à l’extérieur des postes de police. Une telle base existe déjà à l’intérieur, mais pas en dehors. Ce cadre permettra de déployer différents dispositifs, tels que les bodycams, mais aussi les dashcams ou les drones, afin de documenter les interventions et de faciliter la récolte de preuves.