À Genève, une hausse des charges qui inquiète

Malgré un excédent de 50 millions de francs en 2025, les finances genevoises restent sous tension. La hausse soutenue des dépenses et la dépendance à des revenus exceptionnels inquiètent le Conseil d’État. 

 

Alors que le budget prévoyait un déficit de 255,7 millions, les comptes de l’État de Genève bouclent une nouvelle fois dans le vert. Avec un excédent de 50 millions, l’exercice 2025 prolonge une série de résultats positifs entamée après la crise sanitaire. Depuis 2021, les comptes ont systématiquement dépassé les attentes, atteignant même des niveaux exceptionnels en 2022 et 2023, avec plus d’un milliard de francs d’excédent. 

Mais derrière cette performance apparente, les autorités cantonales appellent à la prudence. «Ce résultat est lié à des éléments ponctuels et ne reflète pas une amélioration structurelle», souligne la conseillère d’État Nathalie Fontanet. 

Des recettes élevées, mais en partie exceptionnelles 

Les revenus de l’État atteignent 11 milliards de francs en 2025, soit environ 400 millions de plus que prévu. Cette hausse s’explique en grande partie par les recettes fiscales des personnes physiques, qui dépassent les estimations de 169 millions. 

Cette bonne tenue repose notamment sur des revenus élevés dans certains secteurs, avec des distributions de dividendes et des bonus liés aux excellents résultats des années précédentes. 

Mais les recettes ne proviennent pas uniquement de l’impôt. Le canton a aussi bénéficié de revenus exceptionnels, en particulier un versement de la Banque nationale suisse (BNS), après deux années sans distribution. À cela s’ajoutent « des régularisations fiscales inattendues ». 

À Genève, une minorité de contribuables supporte l’essentiel de l’impôt. Ainsi, 1% des contribuables paient 72% de l’impôt sur la fortune et 38% de l’impôt sur le revenu. Côté entreprises, 1% d’entre elles versent 84% de l’impôt sur le capital et 92% de l’impôt sur le bénéfice. 

Cette concentration rend les finances cantonales particulièrement sensibles aux fluctuations économiques et à la situation d’un nombre limité d’acteurs. 

Des charges en forte hausse 

En parallèle, les dépenses poursuivent leur progression. Les charges de l’État augmentent de 490 millions de francs par rapport à 2024 et dépassent les prévisions budgétaires. 

Cette hausse est principalement tirée par les subventions (+408 millions) et les charges de personnel (+64 millions). Elle reflète surtout une augmentation des dépenses dites contraintes. 

«Une grande partie de ces charges découle de bases légales ou d’obligations extérieures», explique Nathalie Fontanet. Les coûts de la santé continuent d’augmenter, tout comme la contribution genevoise à la péréquation intercantonale, dont le canton est désormais le principal contributeur. « Les dépenses sociales progressent également, dans un contexte de précarisation d’une partie de la population, tandis que certains mécanismes d’indexation entraînent des hausses automatiques », ajoute-t-elle.  

La dette repart à la hausse 

Après plusieurs années de recul, la dette genevoise augmente à nouveau. Elle atteint 11,3 milliards de francs à fin 2025, soit une hausse de 937 millions sur un an. Genève reste ainsi le canton le plus endetté de Suisse. 

Cette progression doit toutefois être nuancée. « La dette moyenne sur l’année reste stable, autour de 10,2 milliards », précise Nathalie Fontanet. Avant d’ajouter : « La hausse observée en fin d’année s’explique en partie par des effets de calendrier, notamment le remboursement d’un prêt à la CPEG et l’enregistrement tardif de certains revenus. La dette a d’ailleurs rapidement reculé début 2026 ». 

Des perspectives financières sous tension 

Malgré l’excédent, le Conseil d’État maintient son plan d’économies pour 2026, dont le projet de budget sera présenté le 30 mars. D’ailleurs, les projections financières tablent sur des déficits d’au moins 600 millions de francs par an. 

«La progression des charges dépasse déjà celle des revenus», avertit Nathalie Fontanet. À terme, cette dynamique pourrait peser sur les prestations à la population, mais aussi sur la notation financière du canton, actuellement fixée à AA+ par Standard & Poor’s, « un élément clé pour ses conditions de financement ». 

Les comptes 2025 confirment une tendance paradoxale: des recettes solides, mais en partie exceptionnelles, face à une hausse structurelle des dépenses. «Plus que jamais, ces résultats montrent la nécessité de maîtriser la dynamique des charges», insiste la magistrate. 

Le Conseil d’État présentera ce printemps un plan d’économie qui devrait préciser les mesures envisagées pour contenir cette pression croissante sur les finances cantonales.