«Les charges augmentent plus vite que les revenus»

Les comptes 2025 de l’État de Genève affichent un excédent de 50 millions, supérieur aux attentes. Mais ce résultat, porté par des éléments exceptionnels, ne masque pas la forte hausse des charges et des perspectives financières tendues. Entretien avec Nathalie Fontanet. 

 

Portés par des recettes fiscales solides et des revenus inattendus, les comptes 2025 du canton de Genève bouclent sur un excédent. Un résultat que le Conseil d’État qualifie toutefois de conjoncturel, alors que la progression des charges dépasse celle des revenus. Dans ce contexte, l’exécutif maintient son cap en matière de maîtrise des dépenses. La conseillère d’État en charge des finances, Nathalie Fontanet, détaille les principaux enjeux. 

Les comptes 2025 sont meilleurs que prévu, avec un excédent de 50 millions. Comment l’expliquez-vous ? 


Cet excédent est surtout lié à des éléments ponctuels et à des revenus inattendus. Je pense en particulier à la distribution de la Banque nationale suisse, qui n’avait rien versé en 2022 et 2023, mais dont les bénéfices 2024 ont été comptabilisés en 2025. À cela s’ajoutent des résolutions de dossiers fiscaux que nous n’avions pas anticipées. 

Les impôts des personnes physiques dépassent les attentes de près de 200 millions, malgré des récentes baisses fiscales. Comment l’expliquer ? 


Cette progression s’explique notamment par des distributions de dividendes et des bonus, en lien avec les très bons résultats enregistrés ces dernières années dans certains secteurs économiques. 

En parallèle, les charges augmentent fortement. Quelles en sont les principales causes ? 


Il s’agit en grande partie de charges contraintes, liées à des bases légales, à des accords intercantonaux ou à des décisions fédérales. Les coûts de la santé continuent de progresser, tout comme la contribution genevoise à la péréquation intercantonale, dont Genève est désormais le principal contributeur. Nous observons aussi une hausse des charges sociales, liée à une précarisation d’une partie de la population, ainsi que des mécanismes d’indexation automatiques. 

Ce bon résultat remet-il en cause le plan d’économies prévu pour 2026 ? 


Non, car ce résultat repose sur des éléments non structurels. Nous constatons déjà que la progression des charges dépasse celle des revenus. Dans ce contexte, il est indispensable de poursuivre les efforts. Nos projections montrent des déficits d’au moins 600 millions de francs par an à l’avenir, ce qui n’est pas soutenable. Une telle trajectoire pourrait mettre sous pression la notation financière du canton, aujourd’hui fixée à AA+ par Standard & Poor’s, et renchérir ses conditions de financement. 

Après plusieurs années de baisse, la dette repart à la hausse. Pourquoi ? 


Il faut distinguer la dette à un instant donné et la dette moyenne sur l’année. Cette dernière est restée stable, autour de 10,2 milliards. La hausse observée au 31 décembre, à 11,3 milliards, s’explique notamment par des effets de calendrier, comme le remboursement d’un prêt de 500 millions à la CPEG ou l’enregistrement tardif de certains revenus. La dette a d’ailleurs rapidement reculé, passant à 10,1 milliards fin janvier.